Une bataille sans trève

ÉDITORIAL / Le problème de la violence faite aux femmes a toujours été présent ici comme ailleurs.
Mais il a été mis en évidence cette année par plusieurs événements qui démontrent que la lutte pour le respect et l'égalité est loin d'être terminée.
L'année 2016 a bien mal commencé avec l'agression de 1200 femmes durant la fête du Nouvel An à Cologne et à Hambourg, en Allemagne, par des centaines d'hommes, en majorité des réfugiés nouvellement arrivés, selon la police allemande.
L'ampleur de ces attaques visiblement coordonnées a choqué l'opinion publique,
Elle a aussi témoigné d'un choc des cultures et d'une odieuse banalisation du viol.
Tout cela n'exempte pas les pays occidentaux du devoir de reconnaître que les comportements agressifs, sexistes et la culture du silence sont encore très présents chez eux.
Malgré notre volonté de croire que les femmes d'aujourd'hui vivent dans un monde égalitaire, la violence conjugale, le viol, les rites de passage dégradants et sexistes sur les campus et les publicités à connotation sexuelle témoignent de l'étendue du problème.
Et, malheureusement, d'une forme de banalisation voire d'indifférence.
D'autant plus que seulement cinq pour cent des agressions sexuelles sont dénoncées, selon une enquête de Statistique Canada!
« Ce qu'on voit, ce n'est que la pointe de l'iceberg », note Viviane Doré-Nadeau, directrice de ConcertAction femmes Estrie.
Au Canada, il a fallu des années pour que le gouvernement fédéral annonce une commission d'enquête sur la disparition et l'assassinat de 1200 femmes autochtones. Mieux vaut tard que jamais!
Après avoir d'abord refusé, le gouvernement du Québec a lui aussi lancé une enquête publique sur les relations entre les policiers, les services publics (justice, santé et services correctionnels, notamment) et les autochtones, à la suite d'allégations de violence contre des femmes autochtones impliquant des policiers la Sûreté du Québec de Val-d'Or.
Les Forces armées canadiennes n'y échappent pas non plus.
Un an et demi après le rapport accablant de l'ex-juge de la Cour suprême Marie Deschamps sur l'inconduite sexuelle dans l'armée, une enquête de Statistique Canada a démontré en novembre dernier que 960 militaires, en grande majorité des femmes, avaient été victimes d'agressions sexuelles sur une période d'un an, ce qui représenterait un taux deux fois plus élevé que dans la population civile.
Heureusement, les choses changent peu à peu.
Le gouvernement du Québec a récemment adopté une stratégie pour lutter contre les violences sexuelles et mieux soutenir les victimes, assortie d'un budget de 44 millions $, ce qui témoigne d'une réelle volonté politique d'attaquer le problème.
Les établissements universitaires et les associations étudiantes ont lancé la campagne « Sans oui, c'est non! » pour prévenir les actes violents à caractère sexuel.
Mais cela ne doit pas faire oublier les histoires d'horreur que vivent les femmes ailleurs dans le monde, tout comme nombre de femmes immigrantes, mariages forcés, trafic sexuel et violence conjugale.
En contrepartie, il faut souligner le courage des Pakistanaises qui militent depuis des décennies pour la défense de leurs droits, de ces hommes qui ont défilé en jupe dans les rues d'Istanbul pour dénoncer le viol et le meurtre d'une jeune fille et celui de jeunes Afghans qui ont revêtu la burka pour marquer leur solidarité avec les femmes obligées de porter ce symbole du régime taliban.
La Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, qui a lieu chaque année le 25 novembre à l'initiative de l'ONU, aura sa raison d'être pour encore bien des années.