Une arme légale

Lors d'une conférence de presse tenue cette semaine, le Comité des arrêté-e-s de Sherbrooke a dénoncé la décision du juge Alain Boisvert, de la Cour municipale, rendue le 16 janvier, concernant le dossier de Nicolas Lachance-Barbeau. La teneur et les conséquences de ce jugement paraissent effectivement, pour diverses raisons, irrecevables : reconnu coupable, premièrement, d'avoir « occupé la chaussée » dans le cadre d'une manifestation (17 avril 2012) et, deuxièmement, d'avoir participé à l'organisation de cette action concertée, M. Lachance-Barbeau est condamné à payer une amende totalisant près de 4000 $.
L'infraction qui lui est reprochée est double; en revanche, les enjeux politiques et sociaux de cette décision juridique sont complexes et nombreux. En effet, la dimension collective de cette affaire, presque entièrement occultée par la déplorable couverture médiatique dont a bénéficié l'événement, mérite qu'on lui rende tout l'éclairage qu'elle exige.
Ce qui frappe, c'est d'abord l'ampleur écrasante et démesurée du montant réclamé par la Cour. La lourdeur de cette sanction ainsi que la formulation même du jugement, qui tend à criminaliser la manifestation, nous incitent à poser la question : depuis quand, dans une société qui se prétend « démocratique », peut-on être déclaré coupable d'avoir emprunté la voie publique dans le cadre d'une mobilisation citoyenne?
À cet effet, le Comité des arrêté-e-s de Sherbrooke tient à rappeler que la santé de notre société est en péril si les individus qui occupent des positions de pouvoir dans les milieux politiques et juridiques se montrent incapables de protéger certains droits fondamentaux et de reconnaître l'espace public comme un espace ouvert sur la liberté d'expression, la revendication et la contestation des pouvoirs en place.
Le Comité tient également à souligner qu'en plus de faire porter à un individu un fardeau financier et psychologique que les circonstances ne permettent aucunement de justifier, une amende aussi sévère risque d'être perçue comme un message malheureusement trop clair et dissuasif : le droit de manifester, devenu matière à punition, existe de moins en moins. Dans ses effets sinon dans ses intentions, le jugement rendu dans ce dossier s'apparente à une arme légale qui, en produisant de la crainte, diabolise le droit, voire parfois la nécessité, de remettre activement en question les politiques d'un gouvernement.
Le climat de répression qui s'est installé au Québec lors du conflit étudiant n'a pas fini de faire sentir ses effets pervers. Sur ce point, le Comité des arrêté-e-s juge que le Parti québécois continue de faire preuve de bassesse. Ses membres et son cabinet ont-ils seulement assez de cohérence et d'intégrité pour réparer le gâchis libéral qu'ils dénonçaient pourtant avec ferveur? Pour faire honneur au carré rouge hypocrite et stratégique qu'ils arboraient au printemps 2012?
Il faudrait obtenir l'amnistie pour les personnes victimes de la judiciarisation indue des manifestations du « printemps érable ». Le Parti québécois devrait mettre ses culottes. Il en est encore temps.
Alex Gagnon et Geneviève Van Caloen
Pour le Comité des arrêté-e-s de Sherbrooke