Steve Lussier

Un virage, mais lequel?

ÉDITORIAL / Le nouveau maire de Sherbrooke, Steve Lussier, a martelé durant la campagne électorale qu’il imposerait un moratoire sur le projet de centre d’affaires et d’entrepreunariat Well inc., un investissement de 50 millions $, le temps de l’analyser.

Mais, malgré un questionnement somme toute légitime, il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

M. Lussier a souvent déploré l’absence de plan d’affaires pour ce projet, peut-être avec raison, et le fait que celui-ci ait été accordé sans appel d’offres au consortium formé du fonds immobilier de la FTQ, du Groupe Custeau et de l’entreprise SherWeb.

À peine élu, il a fait part de son intention de lancer un appel d’offres en bonne et due forme pour ce projet, mais entend au préalable rencontrer le consortium, qui doit en principe présenter son plan d’affaires aux élus ce mois-ci.

Le maire élu aurait toutefois intérêt à procéder avec diligence mais prudence.

D’une part, ce projet, l’un des plus importants mis de l’avant par l’administration du maire Bernard Sévigny, reçoit l’aval de nombreux gens d’affaires, des organismes de développement et d’une majorité de Sherbrookois (62,9 pour cent selon un sondage Segma Recherche réalisé pour La Tribune et Cogeco 107,7 en octobre dernier).

D’autre part, il s’agit du premier projet concret depuis des années à être proposé pour revitaliser ce secteur du centre-ville qui en a grand besoin.

Le concept proposé par le consortium comporte deux  immeubles pour des bureaux et des commerces, de même que des logements, une place publique et des stationnements intérieurs.

Il est certes un peu étonnant qu’un investissement de cette ampleur soit mis en branle sans appel d’offres et que la Ville de Sherbrooke n’ait pas cherché à savoir si elle aurait pu avoir mieux.

D’autant plus que Sherbrooke devrait débourser autour de 20 millions $ pour racheter les stationnements et que des organismes comme Pro-Gestion, Sherbrooke Innopole et Commerce Sherbrooke y loueront des espaces, en bonne partie avec des fonds publics.

Il y aura donc des investissements municipaux importants dans Well inc., ce qui ne cadre pas nécessairement avec la vision de Steve Lussier axée sur le contrôle des dépenses.

S’il faut savoir gré au maire désigné de vouloir s’assurer que ce projet est le bon et qu’il n’alourdira pas le fardeau fiscal des contribuables sherbrookois, il ne faudrait pas en revanche stopper tout développement.

Le secteur de la rue Wellington sud a besoin d’un projet de revitalisation majeur : le projet Well inc. y répond, du moins à première vue, et pourrait servir de catalyseur pour attirer de nouvelles entreprises technologiques à Sherbrooke.

Faut-il rappeler que Sherbrooke a échappé de peu le projet de troisième studio d’Ubisoft, qui est allé à Saguenay?

De plus, avec une soixantaine de logements, il contribuera à densifier le centre-ville, en souhaitant que l’on fasse aussi une place à la population vulnérable et marginalisée de ce secteur.

Si une analyse du projet s’impose, comme l’affirme Steve Lussier, celui-ci devrait aussi en profiter pour consulter les principaux concernés.