La victoire démocrate lors des élections de mi-mandat est d’autant plus impressionnante que Donald Trump fut quasi quotidiennement impliqué dans la campagne.

Un véritable tsunami électoral démocrate

ANALYSE / Au cours des derniers mois, beaucoup d’observateurs se questionnaient sur l’importance que la vague bleue pourrait avoir lors des élections de mi-mandat. Or, une fois tous les votes compilés, les analystes font tous le même constat, ce ne fut pas une vague, mais bien un tsunami électoral qui a déferlé sur les États-Unis le 6 novembre dernier.

La victoire démocrate est d’autant plus impressionnante que Donald Trump fut quasi quotidiennement impliqué dans la campagne. En plus de faire passer leur nombre de représentants de 193 à 235, les démocrates ont surclassé les républicains par 10 millions de votes. En nombre total de votes, la victoire démocrate de 2018 représente la plus grande marge jamais enregistrée lors d’une élection à la chambre des représentants.

En termes de pourcentage du vote populaire, la victoire de 2018 prend des proportions historiques. Depuis 1976, les démocrates n’ont jamais obtenu une victoire aussi éclatante. La performance démocrate de 2018 fut d’ailleurs meilleure que celle que le parti avait obtenue lors de 21 élections précédentes.

Pour obtenir une victoire similaire dans des élections de mi-mandat en termes de nombre de gains à la chambre des représentants, les démocrates doivent retourner à 1974, trois mois après la démission de Richard Nixon dans la foulée du Watergate. Or, la victoire électorale démocrate de 2018 serait encore plus impressionnante, si ce n’était des pratiques républicaines de gerrymandering et de suppression des votes. En effet, les républicains qui contrôlaient depuis 2010 plus de 30 assemblées législatives ont adopté dans 26 États une stratégie de redécoupage des districts électoraux favorisant largement leurs candidats. Le gerrymandering leur a permis en 2012 d’obtenir 33 représentants de plus que les démocrates, bien que ceux-ci avaient enregistré un million de votes de plus que les républicains. Sans le gerrymandering, la victoire démocrate en 2018 aurait pu facilement représenter un gain de 80, voire même de 100 sièges de plus que les républicains.

Plus encore. La victoire démocrate ne résulte pas d’une baisse du taux de participation des républicains. En fait, le taux de participation a été le plus élevé d’une élection de mi-mandat depuis un siècle. 35 millions de plus de personnes ont voté en 2018 que lors de l’élection de 2014. De plus, le nombre de votes aurait été encore beaucoup plus élevé, si des millions d’Américains n’avaient pas été empêchés de voter par différentes stratégies républicaines utilisées dans plus de 25 États. 

Par exemple, certains États exigent dorénavant aux électeurs de présenter leur permis de conduire. Or, beaucoup électeurs provenant de minorités ethniques et vivant dans des zones urbaines n’ont pas de permis de conduire. Une autre stratégie consiste à enlever le droit de vote aux personnes ayant un dossier judiciaire. Cette stratégie touche de manière disproportionnée les Afro-Américains qui sont victimes judiciairement parlant de profilage racial. 

En contrepartie, depuis près de 30 ans, les républicains ne cessent d’alléguer que les démocrates commettraient des fraudes électorales généralisées. Ces derniers feraient voter illégalement des centaines de milliers, voire des millions de personnes qui ne seraient pas citoyens américains, qui seraient mortes, qui auraient perdu leur droit de vote ou qui seraient des personnes fictives. Ces allégations ont pris de l’ampleur depuis trois ans à la suite de sorties intempestives de Trump. 

De nombreux spécialistes se sont penchés sur les allégations de fraudes électorales depuis 20 ans, arrivant toujours à la conclusion que les cas de fraudes électorales étaient très rares et que ces dernières, lorsqu’elles survenaient, étaient très marginales. Dans la plupart des cas on n’a trouvé que trois ou quatre individus ayant voté illégalement.

D’ailleurs, un comité spécial a été mis sur pied en 2017 par l’administration Trump. Ce comité fut rapidement dissous, incapable de réunir quelques preuves tangibles de fraudes perpétrées par des démocrates. 

Or, les élections de 2018 se sont déroulées dans 434 des 435 districts sans qu’aucune plainte ne soit formulée de fraudes électorales. La seule allégation importante de fraudes est survenue dans le 9e district congressionnel de la Caroline du Nord. Or, c’est Mark Harris, le candidat républicain, qui a bénéficié de la fraude alléguée. D’ailleurs, de nouvelles révélations dévoilent que le candidat républicain dans ce district a profité d’un stratagème frauduleux depuis au moins 2010.

La stratégie, utilisée dans deux des sept comtés du district, consiste à passer de porte en porte pour collecter de manière inappropriée les bulletins de vote par anticipation. Lorsque l’électeur est d’origine afro-américaine ou amérindienne, le bulletin est souvent détruit. Ainsi, 75 % bulletins de vote par correspondance demandés par les Afro-Américains n’ont jamais été déposés dans les urnes et 69 % pour les Amérindiens.

Ce faisant, le candidat républicain a pu obtenir 61 % des votes par correspondance dans les comtés de Bladden ou Robeson, alors que les républicains n’y représentaient que 19 % des électeurs inscrits. La fraude fut si évidente que le comité électoral bipartisan du district refusa à l’unanimité de reconnaître la victoire de Harris. Une nouvelle élection devrait avoir lieu en mars 2019.

Les élections de mi-mandat de 2018 ont véritablement représenté une sorte de référendum dans lequel une forte majorité d’Américains ont rejeté haut et fort les politiques et le comportement de leur président. Le désaveu de Trump ainsi exprimé fut tel que certains dirigeants républicains jonglent dorénavant avec l’idée de contester la candidature éventuelle de ce dernier en 2020.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.