Lors des présidentielles américaines de 2016, Hillary Clinton et Donald Trump promettaient tous deux d’investir massivement au cours de leur premier mandat dans la rénovation des infrastructures publiques américaines.

Un urgent besoin d’investir dans les infrastructures américaines

Lors des présidentielles américaines de 2016, Hillary Clinton et Donald Trump promettaient tous deux d’investir massivement au cours de leur premier mandat dans la rénovation des infrastructures publiques américaines, vieilles de 50 ou 60 ans et qui ont un urgent besoin d’être modernisées. Proposant des approches différentes, Clinton et Trump s’engageaient chacun à investir un trillion de dollars pour revamper ces infrastructures.

Depuis un siècle, les dépenses en infrastructures publiques ont fait leurs preuves comme moyen de stimuler la croissance économique, de créer de l’emploi et d’améliorer le mieux-être des Américains. Plus encore, tout retard dans la modernisation des infrastructures entrave la croissance économique en ralentissant la circulation ou en exigeant des réparations plus importantes.

Or un rapport de l’Association américaine des constructeurs de routes et de transports dévoilait en 2017 que 54 000 des 612 677 ponts aux États-Unis avaient un urgent besoin d’être réparés ou remplacés. Des problèmes très similaires se posent concernant les réseaux d’autoroutes, les systèmes d’aqueduc, les installations sanitaires, les barrages, les centrales électriques, les lignes ferroviaires et de métros, les écoles publiques, les aéroports, etc.

L’amélioration uniquement des ponts et des routes nécessiterait, selon l’association des ingénieurs, un investissement de deux trillions. Pour sa part, l’administration fédérale des autoroutes estime qu’elle a besoin de 836 milliards pour moderniser son vaste réseau. Par ailleurs, l’association des ingénieurs évalue à un trillion de dollars les dépenses nécessaires pour maintenir et moderniser le système d’approvisionnement en eau potable. L’agence de protection de l’environnement demande quant à elle 384 milliards pour remplir sa mission. La modernisation des aéroports requiert pas moins de 100 milliards en investissement au cours des cinq prochaines années.

4,6 trillions

En 2017, le président Trump proposa d’investir un trillion de dollars pour réparer ou moderniser les infrastructures américaines. L’association des ingénieurs civils américains estimait alors le coût total de la modernisation des infrastructures à 4,6 trillions. Ce montant dépasse le budget total annuel du gouvernement fédéral américain.

Bien que l’administration Trump propose un programme modeste d’infrastructures, compte tenu des besoins pressants, payer le programme proposé représente quand même une épineuse question. En effet, les membres plus conservateurs du parti républicain sont farouchement opposés à la fois à augmenter d’un trillion de dollars sur dix la dette américaine ou à augmenter les taxes d’autant. L’appropriation des sommes représentait donc un problème fiscal majeur.

D’ailleurs, pour financer les projets d’infrastructures, la Chambre de commerce américaine a proposé de hausser la taxe sur l’essence. Bien que Trump se soit montré ouvert à cette suggestion, l’idée fut rejetée à cause de l’opposition des républicains conservateurs.

Aussi, l’administration Trump propose de consacrer seulement 200 milliards sur dix ans dans le volet des infrastructures. Quelque 100 milliards seraient répartis entre les entités gouvernementales locales, aucun État ne pouvant recevoir plus de 10 % de ce total. Un autre 50 milliards serait affecté à l’amélioration des routes rurales. Finalement, les 50 milliards restants soutiendraient les entreprises privées impliquées dans le développement des infrastructures.

Mais pour financer la part du fédéral dans le programme proposé, l’administration Trump réduit substantiellement l’argent qui était déjà accordé à certains programmes d’infrastructure existants tels que la rénovation des autoroutes, des subventions fédérales à Amtrak, des installations d’eau amérindiennes et des aéroports ruraux. Ce faisant, Washington économise 255 milliards.

La stratégie de Trump consiste essentiellement à inciter les entreprises privées à faire le reste en déboursant dans un système de partenariat les 800 milliards restants pour atteindre le fameux un trillion de dollars. Pour rendre plus attrayant l’investissement privé dans les projets d’infrastructures publiques, l’administration Trump projette de modifier la réglementation fédérale.

En effet, le processus pour obtenir les autorisations nécessaires prend encore entre cinq à dix ans. Déjà, le président Obama, confronté à ce problème, avait promulgué un décret ordonnant aux agences de travailler en concertation pour réduire les délais d’approbation.

Pour faciliter l’implication des entreprises privées, l’administration Trump propose de réduire encore davantage le temps nécessaire pour obtenir des permis fédéraux. Or, il est loin d’être sûr que l’administration Trump serait en mesure de faire adopter les réformes réglementaires proposées pour encourager l’investissement privé dans la rénovation des infrastructures.

Alors que l’administration Trump se vante de couper les coûts pour les contribuables américains en recourant à l’investissement privé, de nombreux observateurs notent que les entreprises privées vont, une fois complétées la réparation ou la modernisation des infrastructures, faire transférer la facture aux contribuables par des péages ou autres frais de service.

Dans son programme d’infrastructures qu’il a exposé le 12 février, Trump a rehaussé le programme d’infrastructures à 1,5 trillion, sans changer globalement la contribution fédérale. Par contre, le programme est augmenté de 500 milliards grâce à une contribution supplémentaire des États, villes et communautés rurales qui seraient aussi invités à investir dans le programme.

Néanmoins, le nouveau plan de rénovation des infrastructures, face à un Congrès plus polarisé que jamais, est loin d’être adopté. Non seulement 2018 est une année électorale, mais Donald Trump n’a pas démontré jusqu’ici le leadership présidentiel nécessaire pour faire avancer le dossier. Le projet a besoin d’un soutien bipartisan. Or, les démocrates affirment que le président ne leur a toujours pas demandé leur soutien.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.