Un système de notation régulier dans un contexte irrégulier

Au début de la session d’été, la direction de l’Université de Sherbrooke a pris la décision de revenir au système de notation régulier, dont les résultats sont sous la forme d’une cote de A+ à E. En vue du déroulement réel de la session, il nous est impossible, en tant qu’association, d’appuyer une telle mesure. La santé psychologique de la communauté étudiante ainsi que les évaluations ne sont pas aussi efficaces que lors des sessions dites régulières.

Tout d’abord, nous observons dans le contexte actuel des difficultés de concentration, des pertes de motivation ainsi que des baisses de rendement chez les étudiants et les étudiantes. 

Au cours des dernières semaines, la Fédération étudiante de l’Université de Sherbrooke (FEUS) a fait de nombreuses sorties médiatiques pour dénoncer les effets négatifs de la pandémie sur la santé psychologique de la communauté étudiante. Ainsi, la FEUS a donc conclu que le système de notation régulier n’est pas adéquat au contexte social présent. De plus, la coopération entre les membres de sa communauté, un des principaux piliers de la pédagogie universitaire à Sherbrooke, s’effrite.

Les premières semaines de la session d’été nous ont permis de constater les efforts importants du corps enseignant afin de produire des situations d’enseignement qui répondent aux spécificités de la situation actuelle. 

Cependant, les dernières semaines nous permettent de constater que malgré le désir de l’université de faire croire que l’adaptation à un mode d’enseignement à distance est terminée, il reste tout de même de nombreuses problématiques à régler, principalement en ce qui concerne les évaluations. 

Pendant que la direction de l’université s’entête à conserver le barème régulier, c’est sa première ligne, le corps enseignant, qui après avoir déjà réalisé un travail colossal en modifiant en quelques semaines tous les cours dispensés cet été, doit maintenant essayer de tenir des évaluations « normales ».

Depuis le début de la session, de nombreuses évaluations ont été affectées par un très grand nombre de problèmes d’adaptation. Plusieurs membres du personnel nous l’ont dit : « la situation actuelle ne permet pas de faire des évaluations correctement. » La directive de l’université place les enseignants dans une position intenable face à la réalité, peu orthodoxe, que vivent de nombreux étudiants et étudiantes. Les enseignants ont fait un travail phénoménal en modifiant aussi rapidement que possible les activités pédagogiques et nous leur levons notre chapeau. 

Cependant, ces modifications ne se sont pas faites sans heurts. La qualité de l’enseignement n’est pas la même pendant la session d’été actuelle que durant une session habituelle; les évaluations rencontrent des problèmes de façon systématique. 

Depuis le début de la session, notre association a traité plus de plaintes, quant à l’enseignement et aux évaluations, qu’au cours des deux dernières années.

La décision de la direction de l’université n’est pas sans conséquence sur la communauté étudiante. Les étudiants et les étudiantes qui ont une session d’été en temps de pandémie vont subir les conséquences sur le court et le long terme de ce système de notation. Depuis la décision, l’université affirme que le système de notation régulier est juste et équitable puisque les étudiants et les étudiantes ont des situations comparables cet été. Ce discours fait fit des contextes particuliers de chacun et chacune. Bien que l’université travaille activement à réduire les iniquités entre les étudiants et étudiantes, ses efforts ne suffisent pas pour effacer les conséquences de la pandémie et de l’adaptation à l’enseignement à distance.

Le système de notation régulier n’est pas seulement utilisé pour comparer les individus d’un même groupe, mais également pour effectuer une comparaison de session en session et d’université en université. Même si un groupe d’étudiants et d’étudiantes ont un résultat qui semble équitable entre eux dans le système de notation normal, leurs résultats seront comparés à ceux de leurs pairs qui n’ont pas eu de session d’été en temps de pandémie. Ceci risque de les désavantager dans leur recherche d’emploi ou bien lors d’applications sur des bourses d’études supérieures.

En tant que futurs ingénieurs, nous apprenons l’importance des outils de mesure que nous utilisons. Si nous choisissons un mauvais instrument ou un instrument dont nous ne pouvons pas garantir l’efficacité, cela fait partie du devoir de l’ingénieur de ne pas l’utiliser pour des tâches qui peuvent impacter le public. Les évaluations sont un instrument de mesure et l’université ne peut pas en garantir son efficacité à l’heure actuelle. En ce sens, elle trahit les apprentissages qu’elle nous a elle-même enseignés.

Il faut arrêter de demander des miracles à nos enseignants! Avec toutes les difficultés d’ordre psychologique et pédagogique citées précédemment, l’Association générale étudiante en génie en arrive à la seule conclusion valable : les évaluations pendant cette pandémie ne sont pas comparables à celles d’une session normale. L’utilisation du système de notation régulier ne peut s’appliquer de la même manière que lors d’une session « ordinaire ». L’université doit réviser sa politique par rapport au système de notation afin de permettre la notation « Réussie » ou « échec ». Le stress de la communauté étudiante est déjà assez élevé; ne nous rajoutez pas, après des efforts considérables, l’odieux d’un système de notation mal adaptés à la situation extraordinaire dans laquelle nous évoluons actuellement.

Julien Rossignol, président

Association générale étudiante en génie (AGEG)

Sherbrooke