Un signal très fort

La crise financière que traversent les six quotidiens du Groupe Capitales Médias (GCM), dont La Tribune de Sherbrooke, a au moins le mérite de rappeler l’importance d’une presse régionale forte et l’urgence de trouver une solution globale pour protéger le journalisme.

L’élan de solidarité manifesté mercredi soir à Sherbrooke par les gens d’affaires, les groupes communautaires, les artistes et de nombreux lecteurs, à la suite de la décision de GCM de se placer sous la protection des tribunaux, en raison d’une baisse dramatique de ses revenus publicitaires, démontre que la communauté a à cœur la survie de son quotidien.

Cela illustre aussi une prise de conscience collective de la crise des revenus publicitaires que traversent les médias traditionnels, confrontés à la concurrence sauvage des géants du web tels Amazon, Google et Facebook, qui engrangent des milliards $ en revenus sans payer leur juste part d’impôts et de taxes.

Le gouvernement Legault a accordé à GCM une aide d’urgence de 5 millions $ pour lui permettre de tenir le coup jusqu’aux Fêtes. Mais après?

La forte mobilisation régionale et le fait que la population défende la survie de La Tribune est un signe de santé démocratique et donne un regain d’énergie aux artisans de l’information d’ici et à leurs dirigeants.

Maurice Cloutier, éditeur adjoint et directeur général de La Tribune, l’a bien illustré en lançant un appel à tous pour « bâtir le futur ».

L’érosion des revenus publicitaires dans la presse écrite ne date pas d’hier et plusieurs mesures de rationalisation ont été mises en place ces dernières années chez GCM.

Mais la crise actuelle marque un point tournant et la nécessité de revoir le fonctionnement et le financement, voire la propriété, des journaux régionaux, ce qui interpelle autant les gens d’affaires, les groupes communautaire que les lecteurs. 

Paradoxalement, l’intérêt des citoyens pour une information régionale de qualité demeure : le lectorat de La Tribune n’a jamais été aussi élevé grâce aux plateformes numériques, sans compter que nos textes sont consultés sur les réseaux sociaux.

La Tribune, fondée en 1910, a été et demeure le témoin de l’histoire et des défis des gens d’ici, que l’on songe à la bataille de la ligne Hertel-Des Cantons, à la saga de la privatisation du mont Orford, au retour du hockey junior à Sherbrooke, à la tragédie de Lac-Mégantic ou au mouvement de solidarité pour le blogueur Raïf Badawi.

En tant qu’entreprise privée, votre quotidien doit certes jouer selon les règles du marché, mais celles-ci sont actuellement faussées par la concurrence déloyale des géants du numérique.

Nous attendons donc des mesures concrètes de la part des gouvernements, en particulier du fédéral, pour taxer leurs revenus, comme l’a fait la France.

Jusqu’ici, Ottawa n’a guère montré de volonté politique d’agir, refusant même de taxer Netflix l’an dernier sous le prétexte fallacieux qu’il ne voulait pas augmenter le fardeau fiscal des Canadiens, mais cautionnant ainsi l’évitement fiscal.

À la veille de la rencontre des pays du G-7, en France ce week-end, le premier ministre Justin Trudeau s’est contenté de reconnaître l’importance des médias pour la démocratie et de dire que son gouvernement ne peut agir seul.

Tout cela est bien beau, mais ici l’argent est le nerf de la guerre et les règles fiscales doivent être les mêmes pour tous.

Plusieurs scénarios ont été évoqués pour sauver les quotidiens de GCM, rachat par Québecor ou par des investisseurs régionaux, coopérative de travailleurs… 

Les artisans de La Tribune et des cinq autres quotidiens de GCM ont la ferme intention de se battre pour maintenir une information régionale de qualité.

Mais pour cela, il faut un minimum de justice fiscale et des règles du jeu équitables.