Un service public à préserver

Monsieur Julien Lachance, conseiller municipal
Lorsque j'ai lu dans La Tribune du 29 janvier dernier l'article intitulé «Embauche d'un nouveau Directeur général pour Hydro-Sherbrooke», j'ai été estomaqué de constater qu'à titre de conseiller municipal, récemment nommé au nouveau «Conseil de direction de l'Hydro-Sherbrooke», vous aviez comme objectif de changer «la mentalité d'Hydro-Sherbrooke de service municipal à une d'entreprise».
M. Lachance, Hydro-Sherbrooke, en tant que service municipal, doit offrir d'abord un service de qualité à titre de distributeur d'énergie. Elle ne peut comme une entreprise tirer sur la plug quand bon lui semble parce que la rentabilité n'atteint pas les objectifs des investisseurs. Pour maintenir sa rentabilité, une entreprise peut réduire la qualité de son produit et nous voyons cela souvent. Hydro-Sherbrooke ne peut décider soudainement de couper le courant à un certain groupe de clients pour un certain temps parce que l'énergie qu'elle achète est trop dispendieuse ou pour toute autre raison économique. Par contre, le service des travaux publics peut, pour réduire ses coûts, décider de ne nettoyer en hiver qu'un seul trottoir par rue. Cette réduction de service entraîne un abaissement des coûts d'entretien sans que la population touchée en soit affectée sérieusement.
En 2014, pour les 83 000 clients d'Hydro-Sherbrooke l'électricité est un service essentiel. Vous l'avez sûrement constaté au cours de la dernière tempête de verglas.
Est-ce que vous savez pourquoi l'ancien ministre des Richesses naturelles, René Lévesque, a dû nationaliser en 1962 les entreprises de distribution d'électricité? Entre autres, parce que certaines entreprises de la région du Bas-Saint-Laurent et de la Côte-Nord préféraient ne pas investir dans leurs réseaux de distribution pour ne pas baisser leur marge de profits. Certains faisaient de la distribution de l'électricité avec de la broche à clôture.
M. Lachance, celui qui vous écrit a donné 42 ans de sa vie au service d'Hydro-Sherbrooke. Au cours de ma carrière, j'ai développé un profond sentiment d'appartenance pour ce service où j'ai accompli plusieurs belles réalisations et rencontré de nombreux dirigeants d'entreprises.
Le but de ces rencontres était de parler des différents services offerts par Hydro-Sherbrooke, de ses contraintes «en tant que producteur d'énergie et distributeur», de tarification et d'économie d'énergie et autres, selon les besoins de chacun. Pour favoriser une rencontre « gagnante-gagnante» avec ces hauts dirigeants, j'utilisais mon sentiment d'appartenance pour Hydro-Sherbrooke avec une approche franche et honnête. Cette mentalité de gestion, je l'ai développée après ma formation sur la gouvernance en milieu municipal que j'ai suivie à l'ENAP. Cette approche, selon moi, convient mieux pour la gestion d'un service municipal que celle que vous préconisez avec une mentalité d'entreprise.
Ce n'est pas le temps de bouleverser ce qui va bien, de démotiver les troupes, mais de nous serrer les coudes pour nous défendre et travailler ensemble pour un même objectif : sauvegarder Hydro-Sherbrooke dont la rentabilité est fortement menacée par Hydro-Québec avec la nouvelle tarification qu'elle veut nous imposer.
Jacques Langlois
Retraité du service municipal Hydro-Sherbrooke