Pierre Jury
Le ministre des Finances du Québec, Éric Girard, et le premier ministre François Legault
Le ministre des Finances du Québec, Éric Girard, et le premier ministre François Legault

Un second budget social-démocrate

ÉDITORIAL / L’an passé, le gouvernement de la Coalition avenir Québec se révélait plus social-démocrate que de centre droit, l’endroit sur l’échiquier politique que l’on associait au parti de François Legault. Pour son second budget, il clame rebelote en investissant bien plus que l’augmentation des revenus.

Les déboursés de l’État québécois seront haussés de 5,1 % alors que les revenus ne croissent «que» de 2,8 %. Cela laisse donc transparaître un gouvernement plus dépensier que celui auquel les Québécois étaient en droit de s’attendre.

Les environnementalistes et Québec solidaire espéraient avoir convaincu le premier ministre Legault et son cabinet d’investir massivement pour des mesures environnementales majeures. De fait, la CAQ mise sur un réseau de transport en commun à la grandeur du Québec (Chambly, Gatineau, Laval, Longueuil, Montréal et Québec). Et des mesures d’aide à l’achat de véhicules électriques se poursuivront, à défaut d’être bonifiées. Le gouvernement y va, mais timidement, ce qui fait dire à la leader Manon Massé que nous sommes devant «un budget d’écoblanchiment comptable». 

À LIRE AUSSI: Un budget 2020 vert pâle

> Budget Girard: Pedneaud-Jobin présume de la «bonne foi» des ministères

>> Ajout de 170 lits d'hôpital: le choix de la CAQ «pas mal» fixé

On aurait pu croire que le coronavirus l’aurait ralenti légèrement: si la menace est aujourd’hui planétaire, le Québec est encore pas mal à l’abri. Le gouvernement a choisi de poursuivre les mesures mises en place dans son budget de 2019 plutôt que de virer la baraque à l’envers. Les foyers du COVID-19 se sont déplacés de la Chine vers l’Italie et l’Iran, un peu la France, mais d’immenses régions, comme l’Amérique du Sud et l’Afrique, en sont généralement isolées. Rien dans le budget du ministre Éric Girard ne témoigne d’un quelconque affolement. On prend ses précautions et pour le reste, la vie économique continue. Nous saurons dans un mois ou deux si c’est une politique avisée.

Les revenus de l’État québécois atteindront 121,3 milliards $ en 2020-2021, tandis que les dépenses, pourtant généreuses, se limiteront à 118,6 milliards $. L’écart de 2,7 milliards $ sera versé dans le Fonds des générations, le bas de laine des Québécois. 

Une baisse d’impôts, généralisée ou morcelée en plusieurs mesures, est remise à plus tard. Il s’agit d’une bonne nouvelle, car le filet social témoigne de plusieurs trous après des années d’austérité sous le Parti libéral. Ainsi, la CAQ augmente de 450 millions $ le budget du système de protection de la jeunesse, augmente de 376 millions $ les soins aux personnes handicapées, augmente de 181 millions $ l’appui aux femmes victimes de violence conjugale, ajoute 260 millions $ pour la santé mentale, hausse de 624 millions $ l’aide aux soins des personnes âgées, dont la construction de ses premières Maisons des aînés, investit 532 millions $ pour les proches aidants, et ajoute 200 millions $ pour l’appui aux communautés autochtones. Notons que toutes ces dépenses se feront sur cinq ans, ce qui réduit d’autant leur impact. Mais parlons tout de même d’un nécessaire réinvestissement.

Le Québec poursuit donc sa politique de déficit zéro et réduit la taille de sa dette de 45 à 43 % du Produit intérieur brut. Nous sommes encore loin du gouvernement fédéral, qui navigue autour de 30, 31 %. Mais si Ottawa tient le cap avec ses importants déficits, le Québec les réduit chaque année. Le ratio dette-PIB était à 48 %, il y a deux ans. À ce rythme, la Belle Province pourrait être sous les 40 % en 2022, l’année des prochaines élections provinciales. Pour cela, il faudra que la croissance soit toujours au rendez-vous et que le coronavirus n’ait été qu’un mal bien passager. Nous ne le savons pas et pour le moment, ce ne sont que des vœux pieux.