L’affaire SNC-Lavalin continuera d’être un poids sur les épaules de Justin Trudeau.

Un scandale qui fera mal à Trudeau

ÉDITORIAL / L’affaire SNC-Lavalin continuera d’être un poids sur les épaules de Justin Trudeau. Mais pour combien de temps ? Le premier ministre en souffrira-t-il jusqu’au soir des élections, le 21 octobre prochain, ou saura-t-il mettre cette histoire derrière lui ?

Ce scandale lui colle à la peau depuis février, mais bouillonne depuis un an. Il a à voir avec un « accord de réparation » qu’il privilégiait dans le dossier de la firme d’ingénierie montréalaise SNC-Lavalin, accusée d’avoir payé 47 millions $ en pots-de-vin pour obtenir des contrats en Libye entre 2001 et 2011. Ces accords, qui existent dans plusieurs pays occidentaux, permettent d’éviter un procès si l’entreprise reconnaît sa culpabilité et verse une « réparation » au gouvernement. Mais voilà, l’ex-ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, avait de gros doutes sur l’à-propos d’un tel accord. Plusieurs mois de discussions se sont déroulés entre septembre 2018 et janvier 2019, pendant lesquels plusieurs proches collaborateurs de M. Trudeau ont été mêlés.

Le verdict du commissaire à l’éthique du fédéral, Mario Dion, est tombé mercredi. Dans son rapport, il conclut que M. Trudeau a « contourné, miné et finalement tenté de discréditer la décision de la directrice des poursuites pénales ainsi que l’autorité de Mme Wilson-Raybould ». Il va « à l’encontre des principes constitutionnels » (...) de demander « de façon irrégulière à la procureure générale de tenir compte d’intérêts politiques partisans ».

Le premier ministre Trudeau ne s’est pas défilé. Il a admis ses erreurs, mais ne s’est pas excusé d’avoir voulu préserver des emplois au pays.

Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, a conclu que « la bonne façon de répondre à ceci est que les Canadiens montrent la porte à ce gouvernement libéral corrompu ». Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique, a pour sa part avisé que « le chef libéral préfère protéger l’intérêt des grands et des puissants et qu’il ne pourra être cru pendant la campagne électorale ».

La stratégie de M. Trudeau est la bonne. En avouant ses torts tout de suite, il donne toutes les chances à ce scandale d’être évacué de l’esprit des Canadiens le 21 octobre. Il doit être heureux que cette affaire revienne à l’avant-scène à la mi-août et non plus tard. La cote de popularité des libéraux, qui avait chuté cet hiver, a remonté depuis. M. Trudeau devra espérer que l’effet délétère sur son parti ne sera que temporaire, et aura remonté le jour du vote. Sa défense a aussi du sens : préserver les emplois est une cause noble. Mais il ne faut pas s’en servir pour poser des gestes illégaux, ce qui est le cas ici.

M. Trudeau fera tout pour parler d’autre chose pendant la campagne, comme d’environnement ou d’un éventuel programme d’assurance-médicaments que le Parti libéral songe à mettre en place. Cela lui sera parfois difficile, mais il a le temps de son côté.

Andrew Scheer, lui, tentera de parler de SNC-Lavalin à chaque fois qu’il le pourra. Mais cette question risque de n’être dans l’esprit que des conservateurs, populaires dans les Prairies. Les Québécois lui pardonneront plus facilement cette incartade, tandis que la Colombie-Britannique et les Maritimes seront divisées. Il reste l’Ontario, le nerf de la guerre de la prochaine élection. Justin Trudeau fera tout pour noircir les conservateurs en les rapprochant du premier ministre ontarien Doug Ford, en forte baisse de régime. En fin de compte, cela devrait lui réussir à dégager au moins un gouvernement minoritaire, malgré le scandale de SNC-Lavalin.