Jean Perrault

Un renouveau?

ÉDITORIAL / Il ne faut jamais rien tenir pour acquis en politique: le retour possible de l'ancien maire Jean Perrault en vue des élections municipales de novembre prochain peut surprendre, mais est peut-être symptomatique aussi d'un certain vide politique à Sherbrooke.
Qu'il s'agisse d'un ballon d'essai ou d'une intention réelle, une éventuelle candidature de M. Perrault serait sans doute reçue positivement par nombre de Sherbrookois.
Toutefois, l'ancien maire aurait-il quelque chose de vraiment nouveau à apporter?
Et cela n'a rien à voir avec ses qualités et ses réalisations : Jean Perrault a été conseiller municipal pendant 12 ans avant d'accéder à la mairie en 1994 et d'être réélu trois fois.
Il a présidé l'Union des municipalités du Québec et la Fédération canadienne des municipalités, dirigé un comité sur la reddition de compte dans le monde municipal et présidé une équipe de travail sur les saines habitudes de vie chez les jeunes.
M. Perrault, actuellement en réflexion, a aussi laissé sa marque avec la mise en valeur de la rue Frontenac, le projet Cité des rivières et le regroupement de Sherbrooke avec les municipalités de banlieue, notamment.
Mais il est étonnant qu'à cinq mois des élections municipales il soit sollicité par des gens d'affaires pour reprendre les commandes du navire.
Cela témoigne-t-il de la faible portée du « message » de la formation politique Sherbrooke citoyen et du candidat indépendant à la mairie Steve Lussier? En tout cas, jusqu'ici, on ne les entend pas beaucoup!
La candidature de M. Perrault pourrait changer la donne lors de la prochaine campagne électorale.
L'ancien maire disposait d'une redoutable organisation sur le terrain, il était reconnu comme un politicien proche des citoyens et peut sans doute encore tabler sur ses réalisations au cours de ses 15 années à la mairie.
En outre, l'ex-politicien n'a jamais joué à la belle-mère, une retenue qui lui permettrait de revenir sur la scène municipale sans projeter l'image d'un revanchard désireux de régler ses comptes avec l'actuel maire Bernard Sévigny qui, à l'époque où il était conseiller municipal, s'était opposé à lui lors du référendum sur le plan d'urbanisme.
Jean Perrault ne serait pas le premier politicien à tenter un retour, mais il reste à voir s'il est toujours populaire dans le coeur des Sherbrookois, s'il parviendrait à polariser le vote et comment sa candidature serait perçue chez les représentants des districts.
De plus, le maire Sévigny et son Renouveau sherbrookois n'ont pas dit leur dernier mot.
La politique municipale est ingrate : les attentes des citoyens sont élevées, les relations avec les syndicats sont parfois explosives, comme on l'a vu dans l'épineux dossier sur les régimes de retraite et dans les très laborieuses négociations avec les pompiers, et il n'est pas toujours facile de livrer la marchandise.
Il y a fort à parier que la question du contrôle de dépenses et de la démocratie municipale, tout comme le peu de mesures concrètes pour implanter la mobilité durable ou encore la difficile relance de l'aéroport régional, viendront hanter la campagne électorale de M. Sévigny.
Sans oublier le mécontentement des citoyens au sujet du projet domiciliaire Carré Belvédère et de la préservation des milieux naturels ou encore la controverse sur une possible station-service à l'angle des rues Dunant et Thibault.
À cet égard, il sera intéressant d'entendre les propositions de Sherbrooke citoyen, du candidat Steve Lussier et, éventuellement, de Jean Perrault.
De nombreux Sherbrookois attendent des politiques plus progressistes de la part de leurs élus.
Ils veulent que l'on fasse davantage place à la parole citoyenne et à la consultation, que l'on agisse de façon décisive pour le développement du transport durable, la préservation des milieux naturels et une économie verte et équitable.
Et à cet égard, il faut du sang neuf.