Un rattrapage nécessaire

ÉDITORIAL / Le sous-financement des universités québécoises n’est peut-être pas au premier rang des préoccupations des contribuables, mais il n’en constitue pas moins une question prioritaire dans une société basée sur le savoir et l’innovation.

À l’approche du budget provincial 2018-2019, le recteur de l’Université de Sherbrooke, Pierre Cossette, et deux associations étudiantes ont acheminé un mémoire au ministre des Finances, Carlos Leitao, lui rappelant que le réseau universitaire québécois est sous-financé par rapport à celui des autres provinces.

Tout comme l’ensemble des services publics, les universités québécoises ont subi d’importantes compressions budgétaires au cours des dernières années, ce qui s’est traduit entre autres par de nombreux postes de professeurs et d’employés de soutien non comblés et par un impact négatif sur la qualité des infrastructures, les ratios maîtres/étudiants et la recherche.

En entrevue à La Tribune, le recteur Pierre Cossette a indiqué mercredi que le réseau universitaire québécois a perdu 276 millions $ par année entre 2012 et 2016.

Et selon les données du Bureau de coopération interuniversitaire, citées dans le mémoire, les universités québécoises auraient besoin de 862 millions $ annuellement pour rejoindre la moyenne canadienne.

Tout cela représente beaucoup d’argent.

Or les besoins des universités évoluent constamment et celles-ci doivent s’adapter aux nouvelles normes de formation, qu’il s’agisse par exemple des technologies de l’information pour les enseignants ou de simulation clinique pour les étudiants dans le domaine de la santé, explique M. Cossette. Sans compter l’importance de la recherche.

Pour de nombreux contribuables, il est difficile d’accepter que certaines universités affirment manquer d’argent depuis des années, mais versent néanmoins des indemnités de départ parfois faramineuses à leurs cadres supérieurs.

L’université Bishop’s, par exemple, avait consenti une indemnité de départ de 620 000 $ à son principal Michael Goldbloom, en 2015, même si elle était en déficit. À la suite d’un concert de protestations, même de la part du ministre de l’Éducation d’alors, François Blais, le principal avait renoncé à la moitié de cette somme.

Un scénario semblable s’est produit à l’université McGill, où la rectrice Heather Munroe-Blum avait reçu 750 000 $ après avoir quitté son poste en 2013, de même qu’à l’université Laval où des indemnités de départ totalisant 850 000 $ avaient été offertes à de hauts dirigeants l’an dernier.

La ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, a annoncé fin 2017 son intention de mieux encadrer ces indemnités de départ par un projet de loi qui se fait toujours attendre.

On peut comprendre que les recteurs d’universités ont de lourdes tâches et que ces généreuses indemnités de départ ne représentent qu’une infime partie des budgets de ces institutions, mais la réalité budgétaire de celles-ci commande un peu de retenue.

Cela dit, il est tout à fait justifié que les universités québécoises soient financées à la hauteur de leurs besoins compte tenu de leur rôle dans la formation des professionnels de demain et dans la transmission des connaissances, de même qu’en recherche et innovation, sans compter le rayonnement international qu’elles procurent au Québec.

TransferTech Sherbrooke, par exemple, crée des partenariats et commercialise des technologies développées par les chercheurs de l’Université de Sherbrooke, notamment en technologies médicales, matériaux et automatisation.

Et cela se traduit ultimement par de nouvelles entreprises et des emplois.

Le gouvernement Couillard multiplie les annonces préélectorales et vient de dévoiler une nouvelle entente avec les médecins spécialistes qui comporte de généreuses augmentations salariales.

À l’heure des pénuries de main-d’œuvre spécialisée et des défis que représentent les changements climatiques et le développement durable, la pérennité de la culture québécoise ou encore le virage vers une société du savoir, Québec doit entendre l’appel des universités.