ÉDITORIAL / L’intention de la municipalité de North Hatley d’aller de l’avant avec un projet immobilier d’envergure en zone inondable « 0-20 ans » apparaît surprenante et risquée en raison des événements météorologiques des dernières années, dont les inondations printanières record du printemps 2017 au Québec.

Un projet risqué

ÉDITORIAL / L’intention de la municipalité de North Hatley d’aller de l’avant avec un projet immobilier d’envergure en zone inondable « 0-20 ans » apparaît surprenante et risquée en raison des événements météorologiques des dernières années, dont les inondations printanières record du printemps 2017 au Québec.

D’autant plus que le consensus scientifique veut que les manifestations climatiques extrêmes ne soient pas près de se résorber sur la planète. 

Le maire Michael Page a confirmé à La Tribune qu’à la suite de la levée du moratoire gouvernemental de 2017, qui interdisait la construction en zone inondable dans plus de 200 municipalités québécoises, North Hatley espère obtenir cette fois-ci une approbation de Québec.

Il faut rappeler qu’il y a deux ans le promoteur Richard Laliberté avait fait part de son intention d’ériger un immeuble de 200 unités d’habitation dans la zone inondable « 0-20 ans », où la construction est habituellement interdite.

La MRC de Memphrémagog avait élaboré un plan de gestion de la zone inondable, mais le projet avait été contrecarré par le moratoire gouvernemental. 

À l’époque, nombre de citoyens et d’experts s’étaient inquiétés de l’impact visuel du projet et des risques d’inondation, alors que plusieurs municipalités de la province étaient aux prises avec des crues catastrophiques qui ont coûté des centaines de millions $ à l’État québécois. 

Lors d’une consultation publique tenue en avril 2017, l’organisme Bleu Massawippi avait fait valoir que rien n’autorisait un plan de gestion pour la zone inondable située au cœur du village. Un citoyen, Michael Grayson, avait tenté de démontrer cartes à l’appui que certaines données utilisées dans les calculs étaient erronées. 

Le maire Page soutient que le projet tient compte des changements climatiques et comporte des normes sévères pour la construction.

Il affirme que les choses ont évolué et « qu’on n’est plus à la même place aujourd’hui ». 

Peut-être, mais la réalité des risques liés aux événements météorologiques extrêmes, elle, ne change pas.

La multiplication des sécheresses, canicules, incendies de forêt et inondations des dernières années témoigne d’une modification du climat en raison d’une augmentation de la température sur la terre.

En octobre 2018, Blair Feltmate, directeur du centre INTACT sur l’adaptation aux changements climatiques de l’Université de Waterloo, avait déclaré à Radio-Canada qu’« au Canada, les inondations seront la principale manifestation du dérèglement climatique ». 

On comprend North Hatley de justifier ce projet par la nécessité d’augmenter ses recettes fiscales, mais a-t-on évalué tous les risques et a-t-on les bonnes données pour mesurer ceux-ci?

La Fédération des municipalités du Québec presse le gouvernement de lancer des négociations en vue d’un nouveau pacte fiscal pour diversifier les sources de revenus des municipalités.

Cela est nécessaire et urgent car les municipalités sont prises dans l’étau du développement immobilier pour augmenter leurs revenus.

À cet égard, on ne peut blâmer directement une municipalité comme North Hatley ou les promoteurs : tous agissent selon les règles du jeu actuelles avec la bénédiction des ministères responsables de l’aménagement du territoire.

Il en va de même avec les normes et règles de construction et de reconstruction en zone inondable, tout comme pour les exigences imposées aux promoteurs immobiliers.  

À la suite des inondations du printemps 2017, le gouvernement Couillard avait fait part de sa volonté de revoir tout cela. Où en est-on aujourd’hui?

Le député d’Orford, Gilles Bélanger, qui souhaite que son gouvernement tienne une commission parlementaire sur ce sujet, a une occasion en or de passer à l’action avec le dossier de North Hatley.

Les nouvelles réalités climatiques dictent la prudence et des normes plus sévères. 

À défaut, nous allons répéter les mêmes erreurs et continuer de payer collectivement lors de catastrophes.