Ce même milieu qui s’est grandement détérioré dans sa mission des soins aux malades... Toutes les volontés de réforme ont réussi à le déformer, à le dégrader, à le désorganiser et à le détourner de sa mission d’un service attentif, prévenant et respectueux du malade.

Un proche aidant crie au secours pour son aidée

Depuis un mois, ma conjointe est hospitalisée pour une infection...

Depuis un mois, elle fait l’expérience traumatisante d’hospitalisation et par ricochet, et je suis témoin de son expérience lourde de souffrances, d’inquiétudes et de relations difficiles avec les intervenants du milieu.

Elle se trouve du bord des personnes aînées et malades après avoir servi pendant des années comme intervenante de ce même milieu.

Ce même milieu qui s’est grandement détérioré dans sa mission des soins aux malades... Toutes les volontés de réforme ont réussi à le déformer, à le dégrader, à le désorganiser et à le détourner de sa mission d’un service attentif, prévenant et respectueux du malade.

Plutôt, il se comporte en « infantilisant » le malade âgé quand on s’adresse à lui, en le moralisant en lui dictant la bonne manière de faire et en le menaçant d’ainsi compromettre sa guérison, en l’interpellant souvent de manière autoritaire, précipitée et « impatiente ». 

L’information absente ou pour le moins incomplète et rapidement communiquée sur son état de santé de la part des intervenants...

Le mélange des rôles ou l’appropriation de la compétence de l’autre... globalement, tout le monde fait tout sauf ce qu’il a à faire, la préposée en étant infirmière, l’infirmière en étant médecin.

La considération de la personne dans la prestation des soins est négligée (par exemple, pour aller plus vite, deux intervenants donnent en même temps deux soins différents).

Les conditions matérielles et sociales (cohabitation, intimité, indiscrétion, alimentation...) sont aussi du lot des irritants majeurs de l’hospitalisation en cette ère du 21e siècle.

La liste des anecdotes et des témoignages est longue. À les entendre et à les voir, on se pince pour croire que ce n’est pas irréel. On se dit que personne ne nous croira tant c’est invraisemblable. Mais oui, à force de les voir se répéter, on commence à se dire que nous sommes rendus au stade de l’indignité de la personne humaine.

C’est devenu exceptionnel et remarquable de recevoir de la délicatesse, de l’attention, de l’écoute, de la douceur, de l’empathie et de la dignité. Ils sont pourtant la base d’un vrai service humain et la condition à une réhabilitation de sa condition de santé. Cependant, les membres du personnel d’origine immigrante sont remarquables dans leur approche de la personne malade.

Ces conditions irritantes à répétition usent le moral du patient et affectent négativement sa récupération physique et les efforts de réadaptation. Ça en est venu à qualifier ma conjointe de patiente difficile. S’il en est de part et d’autre, ce n’est pas une raison de réagir de façon irrespectueuse et indigne à l’égard d’une personne vulnérable. 

Je vous rapporte ceci publié dans La Tribune :

« La campagne électorale est en cours et les aînés font l’objet de nombreuses annonces. Cependant, les aspects de dignité devraient être au centre des discussions et n’y sont pas. [...] Il est important de distinguer les besoins des aînés et les soins aux personnes âgées malades. Un manque de connaissance des difficultés liées au vieillissement nous paraît clair dans ce débat*. » (Dr Serge Brazeau, président de l’Association des médecins gériatres du Québec.)

Les facteurs de cette aliénation du milieu hospitalier sont en grande partie attribuables à son grave état de désorganisation.

Aux changements administratifs des dernières années, à son manque d’effectifs, à l’absence de formation des recrues et du personnel, aux relations professionnelles insatisfaisantes et tendues, aux rapports hiérarchiques rétrogrades entre le pouvoir médical et le personnel soignant, et à la vulnérabilité et le silence des patients témoins et victimes (d’autant plus que certains sont atteints de troubles cognitifs) de ce chaos organisationnel. 

Si vous êtes de ces personnes en santé, sachez apprécier chaque instant de cet état et sa valeur et implorez vos esprits pour vous éviter les affres de la maladie et de l’hospitalisation.


Gaëtan Grégoire 

Sherbrooke


* Voir dans La Tribune du 11 septembre l’opinion du Dr Serge Brazeau, président de l’Association des médecins gériatres du Québec.