Donald Trump

Un président inapte à assumer ses fonctions

ANALYSE / Déjà en janvier 2017, avant même qu’il assume la présidence américaine, des journalistes du New York Times et du Washington Post s’interrogeaient sur les capacités de Donald Trump à remplir adéquatement cette importante fonction. En juillet 2017, le quotidien britannique The Independent présentait même 88 raisons qui rendaient Trump inapte à être président.

Au printemps 2017, la rumeur circulait que la Maison-Blanche avait été transformée en une garderie où les plus hauts fonctionnaires cherchaient à contrôler un président se comportant comme un adolescent rebelle. Cette perception fut renforcée par la publication du livre de Bob Woodward en septembre 2018. Woodward y décrit un président si erratique et impulsif qu’il mettait en danger la sécurité nationale des États-Unis. Considérant l’homme le plus puissant du monde comme étant inapte à gouverner, ses principaux collaborateurs cherchaient constamment à contourner ou à saper ses décisions incohérentes.

Comme Trump affichait une admiration sans bornes pour les généraux qui ont marqué l’histoire américaine et qu’il s’était entouré de généraux comme James Mattis, secrétaire à la défense, John Kelly, chef du personnel de la Maison-Blanche, et H. R. McMaster, conseiller à la sécurité nationale, les observateurs à Washington furent temporairement rassurés. Il y avait des adultes capables dans l’administration de contrôler le comportement bizarre et les décisions impulsives du président. 

Toutefois, McMaster fut congédié en mars 2018. John Kelly fut forcé d’annoncer son départ en décembre. Et finalement, Mattis annonça sa démission le 21 décembre dernier. Il ne restait plus d’adultes capables de faire entendre raison au président. Dans son désir d’assurer une transition sans heurt, Mattis fixa son départ au 28 février 2019, lui permettant ainsi d’assister à une dernière conférence de l’OTAN et au président de désigner un nouveau secrétaire. 

Mais fortement irrité par la démission surprise de son secrétaire, et plus encore par la couverture négative générée par cette démission, Trump annonça deux jours plus tard que Patrick Shanahan allait assumer dès le 1er janvier la direction par intérim du département. Mattis n’aura même pas droit à la tenue d’une cérémonie d’adieu publique.

Shanahan, qui n’avait aucune expérience militaire ou en affaires internationales avant sa nomination comme secrétaire adjoint à la défense, sera ainsi chargé d’appliquer les ordres du président concernant le retrait des troupes américaines de Syrie et éventuellement de l’Afghanistan.

Enrôlé en 1969, au plus haut de la guerre du Vietnam, à l’âge de 18 ans comme volontaire, Mattis obtint en 1971 son grade de sous-lieutenant. Il poursuivit ensuite une guerre militaire légendaire dans le corps des Marines. Considéré comme un brillant officier, Mattis s’est démarqué par sa compétence et son ardeur sur les champs de bataille et par sa détermination à préserver la vie de ses soldats. Après avoir capturé l’aéroport de Kandahar à l’automne 2001, il joua un rôle clé dans l’invasion de l’Irak en 2003. En 2006, il développa avec le général Petraeus la stratégie permettant de contrer les insurrections en Irak et en Afghanistan.

En décembre 2016, sa nomination comme secrétaire à la défense suscita des éloges autant des démocrates que des républicains. Mais dès les premiers mois de l’administration Trump, les différends étaient apparus dans sa relation avec le président. Contrairement à Trump, il considérait les alliances stratégiques comme une pierre angulaire dans la politique étrangère américaine. Le respect des engagements internationaux était une valeur sacrée pour lui.

Les tensions entre les deux hommes se sont transformées rapidement en querelles incessantes. Le mépris affiché par le président à l’égard des alliés traditionnels américains offensait Mattis d’autant plus que Trump louangeait constamment Poutine. Aussi, Mattis n’hésita pas à réaffirmer publiquement au printemps 2017 l’engagement indéfectible des États-Unis envers l’OTAN et à déclarer que Washington ne pouvait pas faire confiance au président russe.

Plus encore, Mattis fut irrité par la décision subite de Trump d’annuler les exercices militaires conjoints américano-sud-coréens qui représentaient depuis des décennies un élément essentiel des relations entre les deux pays. Cette annulation représentait selon Mattis un cadeau injustifié aux Nord-Coréens.

Cependant ce fut l’annonce du retrait des troupes américaines de Syrie et d’Afghanistan, alors que l’État islamique et les talibans représentent toujours des menaces importantes, qui outra le plus Mattis. Selon lui, le président américain offrait gratuitement un véritable cadeau de Noël aux ennemis des États-Unis en Syrie et en Afghanistan. Cette décision apparaît d’autant plus aberrante que les Américains ont entamé des négociations pour mettre fin à ces deux conflits.

Dans ces circonstances, Mattis n’avait pas d’autre choix honorable que de démissionner et d’étaler clairement le rationnel justifiant sa décision. Aussi, sa démission créa instantanément une onde de choc non seulement au Pentagone et au Congrès, mais aussi dans le monde. 

Les principaux dirigeants républicains et démocrates exprimèrent unanimement leurs profondes inquiétudes devant le changement de leadership au Pentagone. En plus d’affirmer son opposition au retrait des troupes américaines de Syrie, Mattis s’interrogea ouvertement au nom de la sécurité nationale sur l’aptitude du président à gouverner.  

La grogne des dirigeants républicains à l’égard de Trump a alors presque atteint un seuil de rupture. Plusieurs contestèrent ouvertement les aptitudes du président à assumer ses fonctions. Au regard de ses dernières décisions impulsives, ils arrivèrent au même constat que Mattis : ce dernier mettait en danger la sécurité nationale américaine. Un pas de plus semble avoir été franchi pour se délester d’un président devenu encombrant. 

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.