Un peu de logique, M. Couillard !

ÉDITORIAL / La logique du gouvernement Couillard à l’endroit des organismes communautaires est difficile à suivre.

En demeurant sourd à leurs demandes répétées pour un meilleur financement annuel, il les empêche de bien remplir leur mission et se prive en partie de leur expertise.

Les quelque 4000 organismes d’action communautaire autonome de la province réclament depuis trois ans l’ajout d’une somme récurrente de 475 millions $ par année aux 500 millions $ qu’ils reçoivent de l’État, rappelant que leurs budgets de fonctionnement stagnent depuis des années et qu’ils peinent à remplir leur mission.

Leurs représentants ont manifesté un peu partout au Québec mercredi dernier pour presser le gouvernement d’agir à quelques semaines du budget provincial, le dernier avant les élections d’octobre 2018.

Ces organismes — centres pour femmes, banques alimentaires, maisons de jeunes, groupes de soutien aux immigrants, centres d’aide en santé mentale, etc. — jouent pourtant un rôle essentiel dans la société québécoise et le gouvernement ne peut l’ignorer.

Il ne peut ignorer non plus que le secteur communautaire pallie en bonne partie les carences d’un système de santé et de services sociaux qui peine à répondre aux besoins.

Lorsque l’État crée des programmes, ces organismes agissent en quelque sorte comme sous-traitants dans l’offre de services sur le terrain.

Le gouvernement du Québec a d’ailleurs adopté en 2001 une Politique de reconnaissance de l’action communautaire qui attestait leur apport à la société québécoise et leur assurait un financement.

Alors, pourquoi ne pas reconnaître la situation précaire dans laquelle sont aujourd’hui plongés de nombreux organismes et établir un financement adéquat?

Cela n’équivaudrait pas à leur donner un chèque en blanc puisque tous sont tenus de rendre des comptes annuellement au gouvernement.

La situation actuelle est inadmissible alors que le gouvernement Couillard nage dans les surplus budgétaires, annonce des baisses d’impôt et multiplie les bonbons électoraux.

« En Estrie, par exemple, les organismes reçoivent 49 pour cent de ce qu’ils demandent en subventions. La somme de 475 millions $ pour les 4000 organismes de la province ne représente que 0,5 pour cent des revenus de l’État », signale Claudelle Cyr, directrice du Regroupement des organismes communautaires de l’Estrie.

Le premier ministre Philippe Couillard et son équipe doivent enlever leurs lunettes roses et réaliser que l’austérité budgétaire qu’ils ont imposée aux Québécois de 2014 à 2016 a eu un impact dévastateur sur les plus démunis et les laissés-pour-compte.

Résultat : la tâche des organismes communautaires s’en est trouvée alourdie, mais sans qu’ils obtiennent un meilleur financement, à l’exception d’une légère indexation annuelle pour ceux impliqués en santé et services sociaux.

Il n’y a qu’à consulter les bilans annuels d’organismes comme La Chaudronnée ou Moisson Estrie pour constater l’ampleur des besoins et le fait que de plus en plus de personnes, y compris des travailleuses et travailleurs à temps plein, ont recours à l’aide alimentaire.

On pourrait sans doute faire le même constat auprès des organismes œuvrant en éducation populaire, en santé mentale, en défense des droits sociaux ou auprès des jeunes.

Autre aspect : le secteur communautaire générerait 50 000 emplois dans la province (dont 1200 en Estrie).

De plus, l’action communautaire et bénévole compterait pour 1,5 pour cent du PIB de la province selon une note de recherche du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale de 2014, basée sur des données de Statistique Canada.

Mieux soutenir le secteur communautaire n’est peut-être pas un enjeu populaire ou « vendeur » en période pré-électorale, mais le gouvernement Couillard doit reconnaître son apport essentiel à la société et mettre à niveau son financement.