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Denis Dufresne
La Tribune
Denis Dufresne

Un non-sens

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ÉDITORIAL / La découverte de traces de composés perfluorés (PFAS) dans la prise d’eau de la Ville de Sherbrooke au lac Memphrémagog, par le ministère de l’Environnement, est inquiétante à long terme et démontre le flou qui existe encore au Québec au sujet de la qualité des eaux.

Les concentrations de ces composés toxiques, possiblement rejetés par la station d’épuration de Newport (au Vermont) dans le lac Memphrémagog, qui a traité le lixiviat du dépotoir de Coventry jusqu’à l’imposition d’un moratoire en 2019, sont largement inférieures aux normes de Santé Canada, affirme la Ville de Sherbrooke.

Cela soulève à nouveau, néanmoins, les risques liés à la présence du lieu d’enfouissement de Coventry à proximité de la source d’eau potable de 175 000 citoyens.

Si la Ville de Sherbrooke refuse pour le moment de pointer la station d’épuration de Newport, pour Memphrémagog Conservation (MCI), il ne fait pratiquement pas de doute que le traitement des eaux usées provenant du dépotoir de Cassella Waste Systems est en cause.

Peu connus, les PFAS sont présents dans divers produits de consommation (emballages alimentaires, tapis et revêtements antiadhésifs d’articles pour la cuisine, notamment) et peuvent avoir des effets néfastes sur la santé. Ils sont notamment associés à certains cancers.

De plus, ils sont très persistants dans l’environnement.

Bien que certains composés perfluorés soient interdits au Canada depuis quelques années, l’Association canadienne du droit de l’environnement, un organisme ontarien, estime que l’ampleur de la contamination au pays est difficile à connaître.

Elle juge également que certains produits de remplacement sont tout aussi toxiques que ceux qui ont été interdits.

Le MCI, tout comme plusieurs élus de la région, a toujours affirmé que la station d’épuration de Newport n’était pas équipée pour traiter les eaux usées du lieu d’enfouissement de Newport.

La situation est d’autant plus critique que la Ville de Newport répète qu’elle veut reprendre ce traitement une fois le moratoire levé, dans trois ans, et que Cassella Waste Systems procède actuellement à l’agrandissement de son lieu d’enfouissement afin de recevoir 500 000 tonnes additionnelles de déchets par année pendant 22 ans.

Autrement dit, les problèmes ne font peut-être que commencer!

Autre enjeu : les PFAS, présents depuis plus de 60 ans dans différents produits de consommation, ne sont pas suffisamment réglementés au Canada, selon l’Association canadienne du droit de l’environnement. 

Celle-ci souligne que Santé Canada a certes formulé, en 2018, des recommandations concernant deux produits de la « famille » des PFAS dans l’eau potable, mais qu’elles sont moins sévères qu’aux États-Unis.

Ottawa doit toutefois présenter, au printemps, une réglementation plus sévère sur l’eau potable, visant notamment les PFAS, que les provinces pourront appliquer.

Le ministère de l’Environnement du Québec reconnaît que les composés perfluorés sont présents dans les cours d’eau de la province, mais indique que les concentrations sont inférieures aux critères de l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA).

Il admet également que les stations de traitement d’eau potable ne peuvent retenir ou détruire les composés perfluorés. Sans plus.

Cela vous rassure?   

Chez nos voisins du sud, on semble en tout cas prendre la situation plus au sérieux : le groupe écologique DUMP indique que le commissaire du département de la Conservation de l’environnement du Vermont et ses collègues du New Hampshire, du Maine et du Massachusetts ont écrit à l’EPA pour affirmer que les stations d’épuration ne peuvent traiter les PFAS provenant du lixiviat des dépotoirs, un aveu qui en dit long, et demandent de nouvelles normes.

Les élus de la région n’en ont visiblement pas fini avec les enjeux environnementaux liés au lieu d’enfouissement de Coventry.

Mais leurs pouvoirs sont limités.

Il est donc impératif qu’Ottawa et Québec renforcent non seulement les normes sur l’eau potable, mais adoptent des mesures pour éliminer l’utilisation des PFAS dans les produits de consommation.