Bernard Sévigny

Un moratoire sur le développement de la Ville?

Il est intéressant de débattre des enjeux économiques de notre Ville. Considérant la façon dont le débat a été engagé sur la place publique, il me semble essentiel d'apporter quelques précisions. D'ailleurs, M. Denis Dufresne précise dans son éditorial de mercredi dernier : « les conseillers Rouleau et Tardif n'aident certainement pas la cause de l'aéroport ».
C'est vrai qu'une entente tarde à se concrétiser. Je l'admets, c'est à la fois difficile et complexe. Pour éviter toute confusion, on ne lance pas, en mars 2017, un appel d'offres pour des services professionnels pour obtenir un résultat en 2019 ou 2021. Tous les efforts sont déployés pour aboutir le plus rapidement possible même si ça demeure vrai que ça pourrait être encore un peu long. Et je suis très conscient que la stratégie de démarchage est financée par des fonds publics.
En fait, les démarches ont été parsemées d'embûches. Souvenez-vous, la Ville avait signé une entente en mai 2013 avec une compagnie aérienne. Cette entente était conditionnelle à l'obtention d'une désignation de Transport Canada (mise en place des services de sécurité). Pendant deux ans et demi, la Ville, ses partenaires et toute la région, ont activé tous les leviers politiques possibles pour convaincre le gouvernement de Stephen Harper de transférer une désignation à Sherbrooke comme le gouvernement précédent l'avait fait en 2004 pour Mont-Tremblant au Québec et Red Deer en Alberta (feu Jean Lapierre était ministre des Transports à l'époque). Nous nous sommes butés à un véritable mur.
Sur le fond des choses, la question n'est pas de savoir si nous avons les moyens de poursuivre comme certains le prétendent, mais davantage avons-nous les moyens de ne pas essayer et de ne pas persévérer? Je constate tous les jours que les entreprises de Sherbrooke se tournent de plus en plus vers les marchés extérieurs pour croître et créer des emplois de qualité chez nous. Et nous sommes de moins en moins attractifs pour la tenue d'événements en raison de l'absence de services aériens.
La réalité est que toutes les études réalisées par des équipes de recherche aux États-Unis, au Canada et même au Québec pointent dans le même sens et démontrent clairement qu'il y a une relation directe entre la croissance économique d'une ville (et sa région) et la présence de services aériens commerciaux.
Dans ce type de démarche, ce n'est pas la Ville qui définit les règles du jeu. L'aviation civile est un secteur d'activités où la concurrence est très féroce et les transporteurs ne négocient pas sur la place publique. Si nous ne signons pas d'entente de confidentialité, pas de discussion. Pas de discussion, pas d'entente de service commercial. Ce n'est pas plus compliqué que cela.
Si nous signons une entente avec une compagnie aérienne, la désignation sera obtenue rapidement, mais sur le modèle de « recouvrement de coûts ». C'est vrai que le coût pour la sécurité est estimé à environ 500 000 $ par année. Sauf que parler de la dépense sans parler des revenus qui s'y rattachent demeure une demi-vérité. Le système de recouvrement de coûts veut dire que c'est la Ville qui va percevoir un montant sur chaque billet d'avion vendu pour couvrir le coût de la sécurité et ce, contrairement aux autres aéroports désignés du Canada où c'est l'agence fédérale (ACSTA) qui perçoit un montant sur chaque billet d'avion.
Vous aurez compris que je ne partage pas la position des conseillers municipaux Jean-François Rouleau, Pierre Tardif, Hélène Dauphinais et Annie Godbout qui ont voté pour un moratoire sur la base que Sherbrooke est trop petite, pas assez ambitieuse et doit demeurer la seule communauté urbaine de plus de 200 000 habitants du Canada à ne pas avoir de services commerciaux d'une compagnie aérienne pour soutenir son développement.
En plus, ils proposent de maintenir le budget de 500 000 $ par année pour les opérations de l'aéroport qui bénéficient essentiellement aux propriétaires d'avions privés. Mon objectif est de rendre accessible cette infrastructure municipale à toute la population pour qu'un Sherbrookois puisse se rendre à Paris à partir Sherbrooke et qu'une Sherbrookoise puisse aller à Calgary ou Toronto à partir de Sherbrooke. Les quatre conseillers proposent même aux voyageurs de Sherbrooke d'aller ailleurs, comme à St-Hubert.
Parce que oui, le conseil municipal a le choix. Celui de favoriser le développement des autres villes en leur envoyant nos passagers ou le choix de développer chez nous, les outils dont la communauté d'affaires a besoin pour assurer le plein développement de notre Ville.
J'ai déjà annoncé qu'une discussion sur l'avenir de l'aéroport aura lieu le lundi 10 avril prochain à l'hôtel de ville. Je m'attends à ce que messieurs Rouleau et Tardif nous démontrent que les villes comme Kamloops (90 000 h), Lethbridge (97 000 h) et Timmins (43 000 h) sont trop petites pour offrir des services de ligne aérienne comme elles le font depuis plusieurs années.
Je compte aussi sur eux pour expliquer aux membres du conseil et à la population ce qu'ils proposent pour faire croître nos entreprises qui exportent en leur donnant un accès facile, rapide et efficace aux grands centres économiques du monde.
Bernard Sévigny, Maire de Sherbrooke