Vendredi, le ministre des Finances du Québec, Éric Girard, a annoncé l’existence d’un surplus budgétaire record.

Un magot, des baisses d’impôt?

CHRONIQUE / Accorder des baisses d’impôt ou de taxes aux Québécois avant les prochaines élections? Au rythme où croissent les surplus budgétaires de l’État québécois, des caquistes feront sans doute pression à l’interne pour que ce soit le cas. Ils feront probablement valoir à certains ténors du gouvernement que des réductions de taxes ou d’impôt constitueraient la cerise politique de la fin du mandat. Analyse.

Vendredi, le ministre des Finances du Québec, Éric Girard, a annoncé l’existence d’un surplus budgétaire record.

Tout est incroyable dans cette histoire.

Il y a trois mois, trois mois à peine, il était prévu que le surplus de l’année financière 2018-2019 s’élèverait à 2,5 milliards $. Or, il a finalement atteint plus de 4,4 milliards $.

Sur trois petits mois, il s’agit d’un écart de prévision plutôt significatif — c’est le moins que l’on puisse dire.

Pour prendre la mesure de cet excédent budgétaire de 4,4 milliards $, il faut savoir qu’il est en outre obtenu après le versement d’une somme record de 3,4 milliards $ au Fonds des générations. En tenant compte de cette somme, le véritable solde entre les revenus et les dépenses est de près de 8 milliards $ — sur un budget global annuel de quelque 100 milliards $.

Il existe une autre façon d’apprécier le tout : lorsque le libéral Carlos Leitão, le prédécesseur d’Éric Girard, a présenté le budget 2018-2019 (le 27 mars 2018), il était prévu que le Québec bouclerait l’année financière à l’«équilibre» au 31 mars dernier — soit sans déficit ni surplus. Mais que pour parvenir à ce «déficit zéro», il faudrait tout de même puiser 1,5 milliard $ dans la réserve dite de «stabilisation».

En bout de course, le gouvernement n’a pas eu à piger dans cette réserve et le surplus officiel s’élève à 4,4 milliards $. Autrement dit, on arrive à un extravagant écart de prévision de près de 6 milliards $ entre le début et la fin de l’année financière 2018-2019. Toute une sous-estimation!

On ne reprochera pas au ministère des Finances d’être mû par un certain conservatisme pour établir ses prévisions. Il vaut mieux se tromper dans ce sens-là — avec des surplus supérieurs à ceux anticipés — que dans l’autre. Mais à ce point-là!

Vous imaginez?

C’est la quatrième année d’affilée que Québec prévoit boucler l’année avec un simple équilibre financier, mais que des surplus sont dégagés. Et que ceux-ci sont chaque fois plus colossaux.

Des 6 milliards $ d’écart entre le début et la fin d’année, 3 milliards $ sont ponctuels, non récurrents, a insisté vendredi le ministre Éric Girard, qui veut et doit contenir les appétits et les convoitises. Ceux des syndicats des secteurs public et parapublic, notamment, avec lesquels s’amorceront des négociations l’automne prochain.

Pour les autres 3 milliards $, il s’agit bel et bien de surplus récurrents, qui reviendront encore cette année, mais qui cette fois seront inclus dans les revenus anticipés. Ces 3 milliards $ qui n’étaient pas sur le radar il y a un an servent et serviront à financer des initiatives engagées par le gouvernement.

Évidemment, le ministre Éric Girard prévoit clore l’année en cours, l’année 2019-2020, à... l’équilibre. Or, si les quatre dernières années nous apprennent quelque chose, c’est que, à moins d’un retournement spectaculaire de la conjoncture, d’importants surplus seront encore au rendez-vous.

Imaginez les débats si le gouvernement annonçait dès maintenant que l’année se terminerait avec un surplus de 3, 4 ou 5 milliards $. Imaginez les pressions et les demandes auxquelles il ferait face.

Merci!

Croissance des revenus, hausse des surplus… Tant mieux pour le gouvernement Legault, qui a lancé et lancera plusieurs engagements pas mal plus coûteux que ce qu’il avait prévu.

Il peut remercier l’élan économique, M. Tremblay, Mme Dion, vous, moi, les Québécois en général, les transferts fédéraux, et aussi, en passant, le ministre Carlos Leitão. Bien que ce soit au prix d’une rigueur-austérité, ce dernier a laissé une maison encore plus propre que la Coalition avenir Québec (CAQ) le pensait en matière de finances publiques.

Une croissance des revenus supérieure à ce qu’il prévoyait permettra au gouvernement Legault de financer plus d’initiatives pour lutter contre les changements climatiques; plus que ce qu’il avait envisagé au départ, en tout cas.

Et l’on sait, par ailleurs, que les services publics — de la petite enfance jusqu’à ceux offerts aux personnes aînées — ont besoin d’être retapés. Et qu’ils ne le seront pas demain matin.

Oui, bien sûr, cet argent est le bienvenu. Évidemment.

Avant ou après?

Mais au rythme où tombent les milliards de dollars, il s’en trouvera au sein de la CAQ pour réclamer des baisses directes d’impôt ou de taxes. On entend déjà des chuchotements du genre. Parlez-en à des sympathisants ou à des Québécois en général.

La demande, a priori, se défendrait d’autant mieux que les baisses de taxes scolaires à venir ne bénéficieront pas aux locataires et qu’elles favoriseront davantage les propriétaires de belles grandes demeures que les autres.

Malgré le séduisant argument électoral que pourrait représenter une vraie baisse d’impôt ou de taxes en fin de mandat, je doute que les grands ténors du gouvernement y succombent. Pour cela, il faudrait que la pression soit très forte d’ici la fin du mandat.

Car, pour le ministre Éric Girard et compagnie, de vraies réductions d’impôt ne devraient être consenties que dans un deuxième mandat caquiste — si la conjoncture ne change pas. Plutôt que de se matérialiser avant le prochain scrutin, ces baisses apparaîtraient donc dans les engagements de la prochaine campagne électorale.

À moins que des pressions grimpent fortement d’ici là, on les ferait ainsi miroiter pour un gouvernement Legault 2.