Un jeu de Monopoly

Je désire répondre à la lettre ouverte Stéphane Forget, président directeur général de la Fédération des Chambres de commerce du Québec (« La rémunération des dirigeants : jouer dans sa ligue »), parue dans La Tribune du 8 avril à la suite de la controverse sur la rémunération des hauts dirigeants de Bombardier.
Ligue majeure ou de Monopoly?
Plutôt que de tenter de « brainwasher » la population québécoise qui vit dans la vraie vie de tous les jours, essayez de la comprendre! Au lieu de généraliser en nommant ce que nous voulons tous pour le Québec (des multinationales, des sièges sociaux, une économie forte, etc.), sortez de votre bulle des grosses affaires et revenez les pieds sur le plancher des vaches. La population québécoise souhaite avoir de vrais entrepreneurs créateurs, inventifs, généreux de leurs efforts, proches de leurs employés et de leurs clients, capables de « partir de rien » pour arriver à beaucoup sans jouer au 6-49. La population québécoise acceptera volontiers que ce genre d'entrepreneur se verse un bon salaire, car il l'aura bien mérité. Ce genre d'entrepreneur n'est-il pas d'ailleurs le plus représentatif de votre fédération? (...)
La population québécoise n'a rien à faire de ces gestionnaires mercenaires n'hésitant pas à butiner d'une entreprise à l'autre, et d'un terroir à l'autre, tant que le sucre y est en quantité suffisante pour étancher leur soif démesurée (...).
Des dizaines d'articles ont été écrits au sujet des rémunérations des hauts dirigeants dont celui de Daniel Cohen : « Le salaire des patrons est-il juste? » (Le Monde, 2006) (...). Votre comparaison avec le sport professionnel demeure standard, mais boiteuse.
Peut-être n'avez-vous pas suivi les cours « Éthique des affaires » ou « Entreprise citoyenne » durant votre MBA ou peut-être les avez-vous oubliés? Dans tous les cas, ils m'ont appris que la vraie ligue majeure est celle des humains vivant en société. Dans cette ligue bien humaine l'enjeu demeure le partage équitable des ressources afin que chacun puisse vivre décemment. L'histoire prouve que lorsque certains s'accaparent beaucoup plus que ce qu'ils ont besoin, la grande majorité commence à grogner. C'est alors que les sociétés démocratiques instaurent des balises légales limitant tout accaparement amoral, ce qui a été fait dans quelques pays européens. (...) Voyez-vous, la ligue majeure de la vie est bien loin de votre ligue des affaires que je qualifierai plutôt de ligue de Monopoly, un simple jeu qui se joue au détriment du vrai monde.
Jerry Espada
Sherbrooke