Un grand soulagement

ÉDITORIAL / L’entente de dernière minute entre les employés des CPE et le gouvernement du Québec, lundi soir, constitue un grand soulagement pour les parents qui évitent ainsi deux nouvelles journées de grève, mais aussi pour le ministre de la Famille, Luc Fortin, qui, à peine nommé à son poste, était plongé dans un conflit de travail potentiellement explosif.

Une prolongation de l’impasse entre les deux parties et de nouvelles journées de débrayage auraient fini par user la patience et la compréhension des parents tant à l’égard des éducatrices et éducateurs en garderie que du ministre Fortin.

L’entente confirmée lundi soir par la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) survient après des mois de négociations laborieuses avec le gouvernement.

Le syndicat refuse toutefois de divulguer le contenu de cette entente de principe qui doit être soumise aux délégués syndicaux mardi prochain.

Les 11 000 éducateurs et éducatrices membres de ce syndicat étaient sans contrat de travail depuis deux ans.

Les pourparlers achoppaient notamment sur l’âge de la retraite et le partage des déficits de la caisse de retraite, de même que sur les salaires et les assurances collectives.

Les 2500 éducatrices et éducateurs syndiqués à la CSQ, qui ont un mandat de grève de trois jours dont les dates n’ont pas été annoncées, n’ont toujours pas d’entente avec le gouvernement.

Il va sans dire que pour le ministre de la Famille, en poste depuis le remaniement ministériel du 10 octobre dernier, ce dénouement est une belle victoire, pourvu que l’entente de principe soit approuvée par les syndiqués.

Mardi, M. Fortin a lui aussi refusé de donner des détails sur cette entente, se contentant de déclarer qu’il y avait eu « du mouvement des deux côtés » et qu’il s’agit selon lui d’une « entente gagnante-gagnante et très équitable en regard d’autres ententes conclues par le gouvernement ».

De plus, cet accord n’aura pas d’impact sur les tarifs des CPE assure le ministre.

Les parents ont évidemment toutes les raisons de se réjouir de la tournure des événements, bien que la question plus globale de la conciliation travail-famille soit loin d’être réglée.

Le ministre Fortin, qui présidera un comité ministériel chargé d’étudier ce dossier, dit avoir cette question à cœur.

Heureusement, car les besoins sont grands, notamment pour des services de garde offrant des horaires atypiques.

De plus en plus de parents occupent un emploi en dehors du fameux créneau du « 9 à 5 » et ont parfois beaucoup de difficulté à dénicher un service de garde pour leurs enfants.

Selon des données de l’Institut de la statistique du Québec de 2012, dans 17 pour cent des ménages les deux parents ou le parent seul occupent un travail atypique (horaire non usuel ou statut atypique de l’emploi).

Parallèlement, des données du ministère de la Famille démontrent que seulement 11,3 pour cent des installations de CPE et de garderies (subventionnées et non subventionnées) offrent des services de garde sur appel, 1,2 pour cent ouvrent le soir, 1,1 pour cent ont des programmes particuliers à la demi-journée, 0,8 pour cent accueillent les enfants le samedi et le dimanche et 0,1 pour cent la nuit.

De plus, il est impératif d’offrir davantage de services de garde en milieu de travail.

Les parents peuvent se réjouir des intentions du ministre de la Famille au sujet de la conciliation travail-famille.

Mais ils devront surveiller de près l’évolution de ce dossier compte tenu des gestes posés par le gouvernement Couillard depuis sa réélection en 2014, lui qui a augmenté les tarifs des CPE et imposé des compressions budgétaires au réseau en 2015 et 2016.