Bernard Tanguay

Un grand ménage

ÉDITORIAL / Comment alléger et rendre plus efficace l’appareil politique de la Ville de Sherbrooke?

C’est la question à laquelle l’ex-conseiller municipal sherbrookois Bernard Tanguay tente de répondre dans un rapport sur la gouvernance présenté aux médias la semaine dernière et dont les recommandations seront étudiées par les élus lors de la séance du conseil de mardi soir.

Grosso modo, M. Tanguay recommande que la Ville de Sherbrooke se dote d’une planification stratégique avec un plan d’action. 

Pour ce faire, l’auteur du rapport propose rien de moins qu’un grand ménage dans les très nombreux comités et organismes où siègent des élus (79 au total) : diminuer leur nombre et/ou revoir leur mandat (à l’exception des sociétés et des comités statutaires légaux) et s’assurer que leur rôle cadrera bien avec la vision stratégique de la Ville.

Certains comités pourraient aussi être créés, mais avec un mandat spécifique et limité dans le temps.

M. Tanguay recommande également l’abolition de la plupart des primes versées dans une douzaine de ces comités et de majorer la rémunération de base des conseillers municipaux en fonction des barèmes de l’Union des municipalités du Québec.

Ainsi, le salaire de base d’un conseiller passerait de 33 174 $ à autour de 43 000 $ par année, ce qui l’amènerait à 30 % de celui du maire, qui est de 144 725 $, avec une indexation annuelle basée sur l’IPC.

À cela s’ajoute une allocation annuelle imposable (au fédéral) d’un peu plus de 16 000 $. 

Les conseillers bénéficiant de primes de fonction importantes verraient ainsi leur rémunération diminuée au bénéfice des autres élus.

Au total, toutefois, la masse salariale globale augmenterait; il y aurait donc un coût pour le contribuable. 

Il est de plus en plus difficile de s’y reconnaître dans le très grand nombre de comités (politiques et autres) et d’organismes paramunicipaux de la Ville de Sherbrooke, dont la population est de 166 000 personnes.

Et c’est peu dire que la gestion et les responsabilités municipales se sont complexifiées depuis plusieurs années.

Conséquemment, les tâches des élus sont de plus en plus lourdes et multiples.

Car, outre leur participation aux différents comités, ils doivent également assister aux ateliers de travail, aux séances du conseil municipal ou d’arrondissement, aux consultations publiques et siéger à des comités politiques, tout en ayant pour la plupart une vie professionnelle et une famille.

Les conseillers d’arrondissement consacrent 10 à 15 heures par semaine à leurs fonctions, tandis que les conseillers municipaux y accordent entre 20 et 25 heures par semaine. 

M. Tanguay recommande également que soit améliorée la formation pour les élus en vue de leur permettre de mieux comprendre leur rôle.

S’ils décident d’aller de l’avant, les élus auront la difficile tâche de réduire le nombre de comités et d’organismes tout en cherchant à améliorer les façons de faire.

Est-il possible de procéder à une cure minceur de l’appareil politique municipal tout en rendant celui-ci plus efficace?

Oui, croit Bernard Tanguay, qui a été conseiller municipal de 1982 à 2009, en plus de présider de nombreux comités, dont le comité exécutif.

« Mais il faut se donner les outils nécessaires, car en politique municipale les élus sont confrontés quotidiennement à toutes sortes d’enjeux et oublient parfois la vision globale que s’est donnée la Ville », dit-il.

Les élus sherbrookois sont donc conviés à un exercice ardu en vue d’élaborer une vision stratégique pour la Ville et d’amorcer le grand ménage.

Le défi est important : il s’agit d’améliorer la gouvernance de la Ville de Sherbrooke, de rendre le travail des élus plus valorisant et plus efficace, tout en favorisant la conciliation travail-famille.