Claude Dostie Jr, directeur de cabinet de la conseillère désignée de Sherbrooke Citoyen Évelyne Beaudin.

Un Far West sans shérif

Depuis deux ans, je suis directeur de cabinet de l’opposition officielle à Sherbrooke. Depuis deux ans, je suis le témoin d’un florilège de pratiques démocratiques insensées et d’un bouquet de manœuvres grossièrement partisanes qui portent atteinte à nos institutions politiques.

Et tout ça, malheureusement, est permis par une loi vague qui laisse libre cours à l’arbitraire politique et administratif dans nos grandes villes.

Dans chacune des 10 grandes villes du Québec, une opposition peut être formée si un parti obtient au moins un siège et 20% du vote. En donnant ainsi des moyens aux oppositions, le gouvernement vient mieux équilibrer le pouvoir au niveau local. Or, dans le Far West municipal, les embûches sur le chemin de l’opposition sont nombreuses.

En novembre 2017, même si notre parti avait droit à un budget pour former un cabinet d’opposition, on m’informa rapidement que l’argent ne serait pas disponible avant janvier pour rémunérer le personnel. Impossible de fournir un crédit budgétaire avant la fin de l’année, m’a-t-on dit.

En plus de ne pas pouvoir être payé, j’ai vite compris que je n’aurais pas droit aux mêmes privilèges que le personnel du maire, dont l’existence relève pourtant du même article de loi.

Les séances de travail préparatoires du conseil m’ont été interdites d’accès. Impossible aussi d’assister aux séances intensives d’étude du budget. (...)

Je me demande si un ou une chef de l’opposition aurait toléré une telle chose à Québec.

Imaginez que, sous prétexte d’un manque d’espace sur la colline, le premier ministre décide d’installer les bureaux du PLQ, de QS et du PQ à Lévis. Pourtant, c’est un peu ce qui nous est arrivé à Sherbrooke.

Un bureau pour l’opposition à l’Hôtel de Ville étant hors de question, on nous a initialement installés dans un bureau d’arrondissement pour finalement nous faire aboutir dans un local de gardien de parc, avec un accès à la salle de bain par l’extérieur.

Ajoutez à cela les autres petites insultes : interdiction d’imprimer des cartes d’affaires avec le logo de la Ville et interdiction d’occuper les sièges libres dans l’enceinte du conseil pour faire notre travail. Récemment, alors qu’il n’y avait plus de place dans l’assistance, je m’étais installé dans la galerie de la presse avec mon ordinateur portable, et le directeur général m’a sommé de quitter sous peine de me faire sortir par la police.

Notre situation à Sherbrooke n’est évidemment pas unique. Toutes les oppositions québécoises vivent à des degrés variables les conséquences d’un manque de précision dans la Loi sur les cités et villes qui laisse actuellement trop de pouvoir au maire.

Il est plus que temps que Québec joue les shérifs dans le Far West municipal.

Claude Dostie Jr, directeur de cabinet de la conseillère désignée de Sherbrooke Citoyen