Un équilibre à trouver

ÉDITORIAL / La Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS) doit se placer davantage à l’écoute du Syndicat de l’enseignement de l’Estrie (SEE) pour gérer le problème de la violence à l’encontre des enseignants du primaire et du secondaire.

Car, pour l’heure, la direction et les syndiqués ne semblent pas avoir la même appréciation du phénomène ni parler le même langage.

D’une part, les deux parties ne s’entendent pas sur le nombre de gestes de violence : rapport à l’appui, la CSRS parle de 12 cas en 2017-2018, tandis que le SEE, sur la base d’un sondage auprès des enseignants, en recense 240 durant la même période. Comment expliquer un tel écart?

D’autre part, la CSRS, qui a un protocole pour permettre aux enseignants de dénoncer les actes de violence, ne traite pas de la même manière les gestes posés par des élèves avec des problèmes de comportement et ceux qui sont faits de façon délibérée et intentionnelle par des élèves « réguliers ».

Elle reproche au SEE de ne pas faire cette distinction et rappelle qu’elle a des obligations en lien avec la formation des élèves, la médication de ceux qui ont des problèmes de comportement ou leur retrait de l’école.

Mais pour le SEE, tout geste de violence, intentionnel ou non, a les mêmes impacts sur les enseignants (blessures, traumatismes, dévalorisation de soi, etc.), sans parler du climat qui en résulte dans les classes.

Le syndicat rappelle qu’il s’agit de l’intégrité physique des enseignants et que ceux-ci veulent des actions concrètes.

Le SEE dit toutefois se heurter à un mur lorsqu’il demande à la CSRS des moyens pour mieux prévenir ces gestes et accompagner les élèves. Il y voit même un déni de la réalité de la part de l’employeur.

On comprend très bien qu’un élève peut avoir des problèmes de comportement, de la difficulté à gérer ses frustrations ou manquer de savoir-vivre, mais c’est l’enseignant qui est confronté à cela avec les conséquences que cela peut avoir pour lui.

Du reste, 30 cas de violence contre des enseignants de la CSRS ont été soumis à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) en 2017-2018.

La commission scolaire soutient que lorsqu’un élève sans difficulté ou problème de comportement pose un geste violent, il peut être suspendu ou changé d’école, mais que la majorité des cas d’agression implique des élèves avec des diagnostics ou des plans d’intervention.

Elle nie banaliser la situation, soulignant que 70 dossiers de violence ont été soumis à l’Équipe intervention jeunesses (qui regroupe la CSRS et le réseau de la santé et des services sociaux).

Le problème de la violence à l’endroit des enseignants n’est pas nouveau ni unique à Sherbrooke : la CNESST signale que le nombre de lésions attribuables à la violence a augmenté de 48 pour cent de 2005 à 2015 dans les écoles du Québec.

La banalisation de la violence dans la société en général, le peu d’implication de certains parents et le manque de ressources (éducateurs spécialisés, psychoéducateurs, etc.) dans les classes où sont intégrés des élèves avec des difficultés d’apprentissage ou des troubles de comportement, peuvent expliquer la situation actuelle.

Il appartient toutefois à la CSRS de s’entendre avec le SEE sur la définition de ce qu’est un acte de violence et sur le nombre de cas afin d’élaborer une stratégie qui tienne compte à la fois des droits des élèves et de ceux des enseignants.

Pourquoi ne pas créer un comité de travail, comme le demande le syndicat?

Il est inconcevable que l’impasse actuelle soit le fait d’un désaccord sur ce qui constitue un geste de violence et sur le nombre de cas dans les classes.