La patience de certains élus, qui comparent Valoris à un éléphant blanc et évoquent à mots couverts la possibilité de mettre la clé dans la porte, semble avoir atteint ses limites.

Un éléphant blanc?

Les élus doivent étudier tous les scénarios quant à l’avenir du centre de valorisation des matières résiduelles Valoris qui cumule les difficultés depuis le début de ses activités en 2015, dont une dette de 40 millions $ (incluant le coût des infrastructures).

Car l’annonce par le conseil d’administration d’une hausse colossale des tarifs pour l’enfouissement des matières non traitées, de 133 $ à 237 $ la tonne, se traduira par une facture annuelle supplémentaire de 3 millions $.

Cette augmentation, la troisième en autant d’années, aura vraisemblablement un impact sur les comptes de taxes des contribuables et entreprises de Sherbrooke et des 14 municipalités de la MRC du Haut-François qui y acheminent leurs matières résiduelles… De quoi refroidir les convictions écologistes de plusieurs.

Mardi soir, les administrateurs de Valoris ont expliqué cette majoration des tarifs par le fait que les quantités de matières à valoriser sont nettement inférieures à ce qui avait été projeté lors de la préparation du budget, en août dernier, et par la dette de l’entreprise.

Les difficultés de Valoris ne datent pas d’hier.

Ses objectifs de performance n’ont pratiquement jamais été atteints en raison de problèmes de fonctionnement de son centre de tri multi-matières.

Résultat : après quatre ans d’activités le centre de tri ne valorise que 20 % des résidus qu’il reçoit, ce qui le contraint — ironiquement — à enfouir davantage que prévu au point de devoir agrandir son lieu d’enfouissement de Bury.

Le président de Valoris et maire de Sherbrooke, Steve Lussier, et le préfet de la MRC du Haut Saint-François, Robert Roy, plaident pour que Valoris reçoive les mêmes aides financières gouvernementales que les centres de tri pour les matières recyclables (papier, carton, verre, métal, plastique), comme Récup-Estrie, qui ne font pas de valorisation.

Cela est tout à fait logique et légitime.

Mais la patience de certains élus, qui comparent Valoris à un éléphant blanc et évoquent à mots couverts la possibilité de mettre la clé dans la porte, semble avoir atteint ses limites.

Il faut toutefois rappeler que Valoris était au départ un projet novateur et louable d’un point de vue environnemental : détourner de l’enfouissement les matières résiduelles « ultimes » (le bac noir) en les transformant en matières premières ou à des fins énergétiques, ce qui exige des opérations de tri complexes et la nécessité de vendre les matières malgré les prix fluctuants du marché. 

Mais le mandat quasi unique de Valoris l’a en quelque sorte privé d’aide gouvernementale bien qu’il soit en adéquation avec les impératifs environnementaux de l’heure, soit la réduction à la source, le réemploi, le recyclage et la valorisation, en conformité avec la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles.

Il appartiendra aux représentants de la Ville de Sherbrooke et du Haut Saint-François de décider s’il est trop tard pour sauver le bateau tout en ayant en tête les intérêts des contribuables mais aussi les responsabilités environnementales du monde municipal.

Le moment est aussi venu de mieux sensibiliser les citoyens au sujet de leurs responsabilités dans la réduction des matières résiduelles, le recyclage et le détournement des déchets voués à l’enfouissement.

Le gouvernement Legault a lui aussi une responsabilité dans la survie de Valoris et doit reconnaître la mission unique de ce projet avant-gardiste alors que le dernier rapport de Recyc-Québec, qui date de 2015, démontre que seulement 54 % des matières recueillies par les centres de tri avaient été revendues, donc destinées en principe au recyclage, loin du taux de 70 % visé par Québec pour… 2015.  

Si on lui permet de survivre, Valoris devra donner un sérieux coup de barre, mais il n’est pas normal qu’il ne puisse bénéficier de la même aide financière que les centres de tri.