Un droit de passage, pas un droit acquis

Je suis propriétaire du terrain qui permet aux sentiers de motoneige de relier Eastman à Austin, juste au sud de l’autoroute des Cantons-de-l’Est, au pied du mont Chagnon.

C’est probablement une des plus belles sections de sentier, par sa topographie et sa vue sur le mont Orford.

De plus, je donne accès depuis les débuts aux Sentiers de l’Estrie, soit plus de 30 ans si ma mémoire est bonne. Et je n’ai jamais perçu un dollar pour cela.

Alors moi, l’environnement, je le partage et je crois bien que je le protège.

Dans cette histoire de droit de passages pour les motoneigistes, ce qui me préoccupe le plus c’est le peu de reconnaissance que les gouvernements municipaux et provinciaux ont pour ceux qui, comme moi, donnent un droit de passage sur nos terrains.

Ce droit de passage est révocable par tous ceux qui le donnent. C’est ainsi. Je le fais en espérant que ça donne un coup de main à ceux qui se dévouent pour construire et entretenir ces sentiers, mais en aucune façon c’est un droit acquis. 

Je le fais pour du bon voisinage et pour partager avec mes concitoyens. Et ultimement pour que les gouvernements reconnaissent le don fait à la société par nous, les propriétaires de terrains, qui ne sommes pas tous riches pour autant.

Toujours est-il que je me retrouve coincé entre l’arbre et l’écorce. Depuis l’acquisition de mon terrain de 97 acres quand j’étais dans la vingtaine, il y a plus de 35 ans, les règlements de zonage ont changé. On a mis des restrictions qui nous enlèvent de plus en plus de possibilités de monnayer la valeur de nos terrains.

Que des propriétaires de terrains à Sherbrooke ou ailleurs utilisent les droits de passage comme moyens de pression est compréhensible. Souvent les gens ne connaissent pas tous les éléments et les pertes de valeur des terrains causés par des décisions qui sont politiques et arbitraires, et pas toujours claires pour les personnes non concernées. 

Bref, on fait passer les propriétaires, qui donnent des accès, pour de gros méchants. 

Je suis plutôt solidaire des propriétaires qui ont bloqué l’accès, mais je les encourage à trouver un terrain d’entente. Peut-être une trêve, mais il faut s’attaquer à régler ces dossiers une fois pour toutes. Sinon, qui diable voudra donner des droits de passage?

Ma recommandation serait que le gouvernement rende des sommes disponibles pour négocier des achats de terrains une fois pour toutes. Pas des expropriations sauvages ou des changements de zonage sournois. 

Les retombées économiques de la motoneige sont importantes. Il y a des milliers de personnes qui viendraient de l’extérieur du Québec pour en faire. Mais bien souvent, les riches qui ont les moyens d’être plus verts que verts sont ceux qui partagent le moins leurs terrains. Vrai ou pas? 

Luc Pellerin
Austin