Un débat surprenant

ANALYSE / Trop peu d’importance est accordée aux enjeux régionaux à l’intérieur du système parlementaire canadien fédéral. Ce phénomène est le résultat de la place disproportionnée qu’occupent les chefs de parti qui défendent essentiellement les grandes lignes des programmes nationaux. Bref, tout converge pour que certains thèmes qui touchent pourtant le cœur de la vie des citoyens soient totalement oubliés ou au mieux marginalisés.

Heureusement, à l’initiative de La Tribune et de Radio-Canada Estrie, les citoyens ont eu l’occasion d’entendre des élus et des candidats locaux exprimer leurs idées sur les grands défis de notre région. Ne nous faisons guère d’illusion, le débat de lundi ne changera pas l’allure de la campagne dictée par le niveau d’appui national que reçoivent les partis politiques. Ce débat ne permettra pas non plus de dégager de vainqueur et donc son incidence demeure essentiellement symbolique. Malgré cette réalité incontournable, le débat de lundi aura au moins permis aux candidats de se prononcer sur des enjeux qu’ils abordent régulièrement sans pour autant qu’ils réussissent à prendre le haut du pavé.

Des candidats bien préparés, une influence limitée

Dans l’ensemble, les candidats ont fait preuve d’une belle profondeur sauf peut-être M. Rousseau souvent hors propos. Il faut saluer le fait que les candidats étaient en maîtrise des dossiers qu’ils abordaient et que, somme toute, le débat s’est déroulé dans une relative courtoisie. Les questions du public étaient bien articulées, claires et précises. Les réponses aux questions permettaient aux candidats de faire valoir leurs idées et de mettre en valeur leur plateforme électorale.

Malheureusement, même élus, il sera difficile pour eux de faire une différence, qu’ils se retrouvent au gouvernement ou encore dans l’opposition. À ce chapitre, il faut souligner que les grands dossiers régionaux stagnent depuis longtemps, peu importe le parti au pouvoir. Qu’il s’agisse de l’aéroport, du transport ferroviaire ou de la lutte aux changements climatiques, on voit bien que la marge de manœuvre de nos élus est extrêmement limitée voire complètement absente. Dans ce contexte, le débat de lundi demeure tributaire de problématiques complexes qui dépassent largement l’influence et la capacité d’intervention des élus locaux.

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Tous contre Bibeau

Comme il fallait s’y attendre, c’est Marie-Claude Bibeau qui a été la cible préférée des autres candidats. Studieuse et bien préparée, la ministre avait les réponses aux attaques de ses adversaires. Dans les circonstances, elle s’en est très bien sortie.

Elle devra cependant faire attention à son attitude parfois condescendante, perceptible dans cette réplique servie au candidat conservateur Luc Berthold, débutant par : « Ce qu’il faut que vous compreniez... » en parlant du dossier de l’aéroport… Elle devra être d’autant plus prudente que le prochain gouvernement sera probablement minoritaire et qu’en conséquence, elle aura à affronter à nouveau l’électorat dans quelques mois. La politique est ingrate, il ne faut surtout pas l’oublier, pourrait-on lui souffler à l’oreille!