Un débat public est nécessaire

La Ville de Magog a publié dans La Tribune du 18 janvier un appel de proposition pour qu'un promoteur développe commercialement ce qu'il est convenu d'appeler l'îlot Tourigny, d'une superficie de 4000 mètres carrés.
La conseillère Diane Pelletier dit qu'il est primordial que la « trame commerciale » de la rue Principale au centre-ville ne soit pas interrompue parce que c'est plus intéressant pour les piétons. Le conseiller Jean-Guy Gingras, de son côté, plaide pour que des commerces et des bureaux s'installent dans les immeubles qui seraient érigés sur cet îlot urbain.
La présidente de la Chambre de commerce, Louise Felton, se réjouit du projet en disant que « tous les commerces sont bienvenus » et que « plus on en aura, plus ça tournera ». Quant à Maurice Langlois, de la Société d'histoire de Magog, il conclut tout simplement que la maison Tourigny n'est pas récupérable.
Bref, tous les gens qui ont été questionnés par le journaliste de La Tribune semblent se rallier béatement ou par défaitisme à la disparition de la maison Tourigny et de l'espace vert qui l'entoure, pour laisser place à la construction d'une série d'immeubles d'une hauteur maximum de 15 mètres où la maçonnerie et une fenestration abondante seront des éléments importants, de même que des toits mansardés rappelant l'architecture de la maison patrimoniale.
J'ose espérer que la population de Magog exigera un débat public sur ce projet très discutable, et ce, pour de multiples raisons.
Rappelons d'abord que si cette maison, solidement construite juste avant la constitution de Magog en Ville en 1888, se trouve aujourd'hui dans un aussi piètre état, c'est par la seule et coupable incurie de l'administration municipale : des modifications inacceptables y ont été autorisées et lorsque la Ville l'a achetée, au début des années 2000, en espérant construire la nouvelle bibliothèque sur son emplacement, rien n'a été fait pour l'entretenir et elle a été utilisée comme un vulgaire entrepôt.
De là à conclure que cet édifice n'est pas récupérable, il y a un pas qu'il ne faudrait pas franchir avant d'avoir un ou des avis plus compétents que celui d'un simple bénévole de la Société d'histoire, si dévoué soit-il. Lorsqu'il a été question d'édifier la nouvelle bibliothèque dans l'ancienne église Sainte-Marguerite, certaines personnes prétendaient aussi que sa structure était dégradée et à risque pour le futur. Des études bien menées ont démontré que, si déficience il y avait, celle-ci n'était nullement insurmontable!
Le secteur de l'îlot Tourigny n'est nullement problématique à ce moment-ci. C'est bien davantage le quartier des Tisserands qui nécessite une importante revitalisation, après les millions $ investis dans la nouvelle bibliothèque et avec l'immense fantôme de l'ancien complexe textile désaffecté.
La Ville doit surseoir à son projet non loin de la baie de Magog et présenter aux citoyens une vision plus globale de son développement pour les 20 prochaines années avant de céder son territoire par morceaux à des promoteurs de tout acabit.
Daniel Faucher
Eastman