Un débat à finir

ÉDITORIAL / Presque 28 ans après la tuerie de l’École polytechnique de Montréal, où 14 jeunes femmes avaient été abattues par un tireur « anti-féministe », le débat sur le contrôle des armes à feu n’est toujours pas réglé au pays et il est plus que temps que le gouvernement Trudeau passe à l’action.

Car, si au Québec le gouvernement Couillard entend mettre en oeuvre au début de 2018 sa Loi sur l’immatriculation des armes à feu sans restriction (carabines et fusils), qui donnera un  an aux  propriétaires pour faire une demande d’enregistrement, les libéraux fédéraux n’ont toujours pas donné suite à leur engagement électoral de resserrer le contrôle des armes à feu, particulièrement les armes d’assaut.

Le gouvernement conservateur avait aboli en 2012 le très coûteux registre fédéral des armes créé par les libéraux de Jean Chrétien. Le gouvernement du Québec a pu en récupérer les données pour la province à la suite d’un projet de loi déposé par le ministre fédéral de la Sécurité publique,  Ralph Goodale.

Les libéraux fédéraux ne sont toutefois guère allés plus loin jusqu’ici même s’ils avaient promis durant la campagne électorale de 2015 d’obliger notamment les acheteurs d’armes à présenter leur permis de possession au moment de la transaction et les vendeurs à s’assurer de leur validité.

La loi actuelle stipule que le commerçant ne doit avoir aucun motif de croire que l’acheteur n’a pas de permis.

Il y a quelques jours, le groupe « Polysesouvient », qui milite depuis des années pour un meilleur contrôle des armes à feu, et des survivants de la tuerie de janvier dernier à la Mosquée de Québec ont dénoncé la lenteur du gouvernement Trudeau.

Les opposants à un registre québécois ont beau reprocher aux tenants d’un meilleur contrôle des armes à feu d’avoir instrumentalisé à leurs propres fins le massacre de Polytechnique, leur chef de file, Guy Morin, et ses acolytes ont fait pire en voulant tenir un rassemblement pro-armes sur la place du 6-décembre-1989, avant de se raviser devant la réprobation populaire (incluant celle de propriétaires d’armes), ce qui en dit long sur leur respect pour les victimes et leur jugement.

Difficile de trouver un meilleur moyen de faire reculer sa cause!

Toutefois, comment expliquer la lenteur ou les hésitations des libéraux fédéraux, plus de deux ans après leur élection? Des pressions des lobbies pro-armes? Un manque de volonté politique? Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, s’en défend, mais reconnaît qu’il n’y aura pas de projet de loi cette année tout en soutenant que la promesse électorale sera tenue.

Il faut souhaiter que celle-ci ne subisse pas le même sort que la réforme du mode de scrutin, pièce majeure de la dernière campagne électorale libérale, abandonnée en février dernier.  

Il est vrai que l’obligation d’enregistrer son arme à feu peut être frustrante pour un honnête chasseur ou encore qu’un registre ne pourra régler entièrement le problème de la violence, notamment parce que les « loups solitaires », les tueurs à gages et autres professionnels du crime n’enregistrent généralement pas leurs armes.

Toutefois, les auteurs de plusieurs tueries de masse possédaient légalement leurs armes.

C’était à tout le moins le cas de Marc Lépine, le tueur de Polytechnique, de Kimveer Gill, auteur de la fusillade du Collège Dawson, et d’Alexandre Bissonnette, l’auteur présumé de l’assaut contre la Mosquée de Québec avec un fusil semi-automatique.

S’il faut un registre québécois, il aussi investir en prévention auprès des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale. Il est inacceptable que des personnes instables ou fanatisées puissent avoir accès aux armes, pas plus que des fabricants d’armes créent des versions modifiées de fusils d’assaut pour les adapter à la législation fédérale.

Le premier ministre Justin Trudeau devrait profiter du 28e anniversaire du massacre de Polytechnique, mercredi, pour préciser ses intentions en cette matière.