Un cri du cœur sur notre dure réalité en CHSLD

Ceux qui me connaissent le savent : je suis travaillante et j’aime ma vocation : je suis préposée aux bénéficiaires (PAB) dans un CHSLD de Sherbrooke.

À la suite à la fusion du 1er avril 2015, plein de changements nous ont touchés, certains positifs, d’autres moins.

L’automne 2017 a été marquant pour moi. En septembre, nous étions exténués, c’était le pire des étés en sept ans de service. Les heures supplémentaires battaient leur plein.

Malheureusement la situation ne s’est pas améliorée, bien au contraire : il y a eu l’annonce d’un deuxième bain malgré la difficulté d’avoir tout son personnel. Mon stress de « temps partiel » a augmenté lorsqu’on m’a annoncé que, désormais, le quart de jour pouvait commencer à 5 h 30 ou 6 h. Déjà que la conciliation travail-famille n’était pas évidente : j’habite à 45 minutes du travail et j’ai un enfant qui fréquente un CPE qui ouvre à 7 h… Donc, je devais payer une personne pour aller porter mon fils le matin! 

Puis là tu arrives le matin et, surprise, il manque une ou plusieurs personnes. Et à la fin de ton quart de travail, tu te fais imposer du surtemps, car il manque encore de personnel de soir.

Qui va payer pour ça? C’est ta famille d’abord, puis les résidents qui vont manger froid, ceux qui ne se lèveront pas, ceux qui vont rester dans les selles plus longtemps, ceux qui vont s’endormir dans leurs fauteuils roulants, ceux qu’on lève et que l’on transporte dans une autre chambre pour en faire manger deux en même temps, ceux qui ont besoin d’un programme de marche et ceux qui aimeraient aller aux activités de loisirs. Ces gens sont censés vivre dans un MILIEU de vie!

Et moi, dans ce contexte, est-ce que j’ai envie de prendre un poste à temps plein? Non merci.

À peu près impossible de prendre des fériés en même temps que tout le monde.

Ton enfant est malade? On peut pas te remplacer et si tu ne rentres pas tu as une mesure disciplinaire! Conciliation travail-famille? Il n’y en a pas!

C’est dans ce contexte, en septembre 2017, qu’on m’a découvert un cancer du sein à 31 ans! J’ai arrêté de travailler pour prendre soin de moi.

Chers collègues, je vous ai suivis pendant toute l’année et je vous lève mon chapeau… Il manque de personnel quart de travail après quart de travail. En plus vous subissez le mécontentement des familles et des usagers.

Je vais faire des petites visites pendant vos pauses, et je vous vois la face longue avec un sourire exténué, les yeux pochés… J’ai vu des passionnés démissionner, changer de branche et beaucoup se questionnent sur leur avenir. C’est en parlant avec vous que je me suis entendue dire : « Finalement, je suis contente d’être en train de combattre un cancer et de ne pas être sur les étages en ce moment! » Ouf. Ça m’a fait un choc!

Notre compassion nous tire dans le pied, nos gestionnaires en profitent… On ne veut pas laisser des humains sans soins ou avec moins de soins, car on a du cœur…

Pensez-y chers collègues avant de continuer, car la santé, vous n’en avez qu’une.

Nathalie

Préposée aux bénéficiaires dans un CHSLD de Sherbrooke