Denis Dufresne
La Tribune
Denis Dufresne
Un groupe de 21 citoyens, appuyé par la conseillère municipale Évelyne Beaudin, de Sherbrooke citoyen, s’oppose à la construction de 50 maisons haut de gamme près du chemin Rhéaume, dans le secteur Saint-Élie.
Un groupe de 21 citoyens, appuyé par la conseillère municipale Évelyne Beaudin, de Sherbrooke citoyen, s’oppose à la construction de 50 maisons haut de gamme près du chemin Rhéaume, dans le secteur Saint-Élie.

Un combat inégal

ÉDITORIAL / La décision d’un groupe de citoyens de contester devant la Commission municipale du Québec (CMQ), le 16 octobre, un projet de développement résidentiel dans un milieu à forte valeur écologique devrait envoyer un « message » à la Ville de Sherbrooke au sujet de la nécessité de protéger les espaces naturels alors que nous vivons une crise écologique sans précédent.

La Ville, qui n’en est pas à une contradiction près en matière de protection des milieux naturels, défend évidemment le projet.

Le groupe de 21 citoyens, appuyé par la conseillère municipale Évelyne Beaudin, de Sherbrooke citoyen, s’oppose à la construction de 50 maisons haut de gamme près du chemin Rhéaume, dans le secteur Saint-Élie.

Il veut faire valider par la CMQ que deux règlements adoptés par la Ville pour permettre le projet, le premier modifiant le zonage et le lotissement, le second concernant des travaux et/ou services municipaux, respectent le schéma d’aménagement.

Ce développement résidentiel, le « Domaine de la vallée d’Orford », est situé en dehors du périmètre d’urbanisation et nécessitera la destruction partielle de ce milieu naturel, avec un déboisement sur plusieurs dizaines de milliers de mètres carrés.

Bien que les promoteurs entendent protéger 73 % de ce milieu naturel et que leur projet bénéficie d’un droit acquis, puisqu’il avait obtenu l’aval de l’ancienne municipalité de Saint-Élie-d’Orford à la fin des années 1990, il a également soulevé l’opposition de cinq élus sherbrookois.

Lorsque des citoyens s’adressent à la CMQ pour s’assurer de la conformité de deux règlements municipaux au schéma d’aménagement de leur municipalité, on peut penser qu’ils le font par conviction, sachant très bien qu’ils s’engagent dans un combat inégal.

Comparativement à la Ville de Sherbrooke, qui dispose d’importantes ressources humaines et techniques, le groupe a peu de moyens au point où il a dû lancer une campagne de sociofinancement pour embaucher une biologiste experte des milieux humides.

Les citoyens entendent également faire valider leur argumentaire auprès d’un avocat, faute d’avoir les moyens de se faire représenter par un juriste lors de l’audience.

Nonobstant le fait que le développement domiciliaire « Domaine de la vallée d’Orford » bénéficie d’un droit acquis et qu’il s’agit sans doute d’un beau projet, la Ville de Sherbrooke se trouve une fois de plus à autoriser la destruction — partielle dans ce cas-ci — d’un milieu naturel.

En autorisant ce projet, la Ville de Sherbrooke est en contradiction avec les valeurs environnementales qu’elle prétend défendre.

Sherbrooke, faut-il le rappeler, se targue d’être une ville verte et est signataire de la Déclaration citoyenne universelle d’urgence climatique.

La Ville a également une politique de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre (GES).

Or, ce projet est un bel exemple d’étalement urbain qui favorisera l’utilisation de l’automobile individuelle, génératrice de gaz à effet de serre.

On aura beau faire valoir qu’il ne s’agit que d’un petit projet domiciliaire qui bénéficie d’un droit acquis et que cet empiétement dans une zone à forte valeur écologique représente bien peu à l’échelle planétaire, il faut réaliser qu’en cette ère d’urgence climatique et environnementale chaque geste, chaque initiative locale, compte.

Ce n’est pas la première fois que la Ville de Sherbrooke, qui n’est pas la seule, autorise un projet contraire aux valeurs environnementales qu’elle dit défendre, comme on l’a vu avec l’approbation de la construction d’une rue dans le boisé Fabi, un projet également contesté par des citoyens.

Plutôt que de favoriser l’étalement urbain et l’empiétement dans des milieux naturels, la Ville devrait écouter le message que les citoyens lui envoient au sujet de la nécessité de protéger l’environnement.