Alors que les millions $ vont bientôt pleuvoir sur cette portion du centre-ville, la Ville de Sherbrooke doit toutefois se préoccuper davantage de l’impact qu’aura ce projet sur la population démunie de ce quartier et sur le coût du logement.

Un centre-ville pour tous

ÉDITORIAL / Les travaux de démolition du stationnement à étages de la rue Wellington sud, qui seront suivis par ceux de l’Hôtel Wellington et du chic défunt Studio Sex, sont le prélude d’un projet majeur de revitalisation du centre-ville, ce qui devrait contribuer à la relance économique de ce secteur en désuétude.

Alors que les millions $ vont bientôt pleuvoir sur cette portion du centre-ville, la Ville de Sherbrooke doit toutefois se préoccuper davantage de l’impact qu’aura ce projet sur la population démunie de ce quartier et sur le coût du logement.

On y retrouve en effet des familles à faible revenu, des personnes seules, parfois désœuvrées, de même que des personnes sans véritable domicile fixe et plusieurs petits commerces.

Le projet « Espace Centro » du Quartier Well Sud est ambitieux, avec des investissements de 80 millions $ du Groupe Custeau et Services EXP, dont une participation de la Ville de 25 millions $. 

Il transformera radicalement le paysage urbain avec deux tours où logeront le Quartier général de l’entrepreneuriat, des bureaux, des commerces et des logements, de même qu’un stationnement souterrain de 715 cases et une place publique.

À cela s’ajoute le vaste chantier de huit millions $ de la rue Galt Ouest, entre Belvédère et Alexandre, piloté par la Ville de Sherbrooke, où une série de vieux immeubles à logements seront démolis pour permettre la construction d’un immeuble de 116 logements sociaux, en collaboration avec l’Office municipal d’habitation, l’agrandissement du parc Alfred-Élie Dufresne et un réaménagement de Galt Ouest où on retrouvera une piste multi-fonctionnelle.

Il faut se réjouir qu’après des années d’espoirs déçus et de faux départs, la Ville de Sherbrooke ait enfin en main un projet concret qui implique des investisseurs locaux pour transformer et relancer ce secteur du centre-ville qui en a grand besoin.

Mais pour ce qui est du sort des résidents du secteur, les organismes communautaires craignent avec raison un embourgeoisement qui se traduirait par une hausse du prix des loyers, l’exode des résidents actuels et la fin d’une vie de quartier.

L’Association des locataires de Sherbrooke se dit très inquiète et compte interpeller à nouveau la Ville pour demander des mesures concrètes afin de protéger une population vulnérable.

Son porte-parole, Normand Couture, donne l’exemple de la revitalisation du quartier Saint-Roch, à Québec, devenu un secteur « branché » mais d’où on a « chassé les personnes à faible revenu et où le revenu médian des ménages a augmenté de 43 % en quelques années ».

S’il se réjouit de la construction de 116 logements sociaux sur Galt Ouest, il estime que cela ne sera pas suffisant pour répondre aux besoins des futurs déplacés.

La Ville de Sherbrooke construit 100 logements sociaux par année depuis 10 ans en partenariat avec les coopératives d’habitation et l’Office municipal d’habitation.

Le directeur du Service de la planification et de la gestion du territoire, Yves Tremblay, reconnaît que le projet « Espace centro » aura un impact chez les locataires à faible revenu mais rappelle qu’en vertu d’une nouvelle loi provinciale les villes ont maintenant le pouvoir d’imposer la présence de logements sociaux dans les secteurs où elles le souhaitent.

« C’est sûr qu’il va y avoir du mouvement mais, à contrario, on va s’assurer qu’on puisse garder des gens via les coopératives d’habitation et les coopératives », dit-il, ce qui risque de ne rassurer qu’à demi l’Association des locataires. 

 Le projet de revitalisation du secteur de la rue Wellington Sud est vital pour l’avenir du centre-ville de Sherbrooke.

Mais il doit être inclusif et faire en sorte que les résidents actuels y trouvent leur compte. 

Il appartient à la Ville de Sherbrooke d’y voir.