Le maire de New York, Bill de Blasio

Un cadeau des Américains

ÉDITORIAL / Le maire de New York a profité de la Journée de la Terre, lundi, pour annoncer qu’il misait une partie de l’avenir énergétique de la ville sur l’hydro-électricité. Bill de Blasio est même allé plus loin en annonçant des négociations avec Hydro-Québec !

Alors qu’Hydro-Québec célèbre ses 75 ans, il s’agit d’un cadeau inespéré pour le gouvernement de François Legault et en fait, pour tous les Québécois qui profiteront grandement de cette entente lorsqu’elle sera ratifiée. Nous parlons d’un contrat d’une durée de 20 ans qui pourrait atteindre les 10 milliards $. M. Legault jubilait devant les caméras : on comprend que cela s’aligne parfaitement avec son objectif de créer de la richesse et des emplois rémunérateurs pour le Québec.

Cette entente est la troisième à être négociée par Hydro-Québec avec les régions du nord-est des États-Unis. En 2012, la société d’État avait conclu un partenariat avec le Vermont, d’une durée de 26 ans et d’une taille modeste de 225 mégawatts, à un prix de 4,5 cents le kilowattheure. Puis, l’an dernier, Hydro-Québec avait ouvert la porte toute grande : 1100 mégawatts sur une durée de 20 ans, à un tarif de 8,8 cents du kilowattheure.

S’entendre avec la ville de New York, ce serait la consécration et confirmerait le rôle d’Hydro-Québec comme véritable option énergétique pour tout le nord-est des États-Unis. 

Par la suite, il y a plein d’autres États, villes et régions qui pourraient être intéressés à se connecter à Hydro-Québec pour leurs propres besoins énergétiques. 

Un gros obstacle demeure : les voies d’acheminement de l’énergie vers le nord-est américain. D’ailleurs, New York doit être approvisionné par une nouvelle ligne d’interconnexion longue de 570 km qui sera enfouie. Elle coûtera 2,5 milliards $... à partir de la frontière américaine. Par chance, toutes les autorisations gouvernementales sont déjà ficelées. 

Reste que le transport jusqu’à la frontière coûtera un autre 500 millions $...

Cette négociation avec la ville de New York s’avère une grande victoire pour le Québec, car cela devance l’option hydro-électricité sur les alternatives que sont le nucléaire et tout récemment, le gaz de schiste. La menace environnementale du nucléaire est bien connue, quoique légèrement surfaite. Mais celle du gaz de schiste est bien pire, car cela contribue au passif environnemental. 

Un gouvernement qui veut être vert ne doit pas favoriser le gaz de schiste. C’est une réalité qui a ralenti les efforts d’Hydro-Québec depuis 10 ans. Mais l’accord de Paris sur les changements climatiques, en 2015, est venu rappeler cette menace aux acheteurs. Cela a sans doute été un facteur pour la ville de New York.

Tout cela, c’est du bonbon pour Hydro-Québec qui entrevoit une autre hausse de ses exportations. En 2017, la société d’État a exporté 16 % de son électricité... ce qui lui a rapporté à peu près le tiers de ses 2,9 milliards $ de profits. La seule part de la ville de New York pourrait représenter un autre 100, 150 millions $ de profits nets. 

On comprend François Legault de faire le tour de ses homologues canadiens et des gouverneurs américains. Ce sont des sommes mirobolantes qui sont en jeu, et pour longtemps. Il y a même là de quoi raffermir ses positions environnementales, qui ont besoin d’un coup de pouce. Déjà, il parle de redémarrer le projet d’éolienne d’Apuiat, un projet de 200 mégawattheures que le premier ministre a mis sur la glace il y a six mois à peine. 

Comme quoi le rêve de Robert Bourassa, dans les années 1970, avait du bon.