Un bon plan, mais...

ÉDITORIAL / Il faut saluer l'intention du gouvernement Couillard de faire du Québec un leader de l'efficacité énergétique, avec des investissements de 1,5 milliard $ d'ici trois ans pour accélérer la transition vers des énergies propres, mais il faudra une réelle volonté politique et des mécanismes de suivi rigoureux.
Le Plan d'action 2017-2020 de la Politique énergétique 2030, dévoilé il y a quelques jours, comporte un train de mesures en vue de réduire la consommation de pétrole de 40 pour cent d'ici 2030 dans la province.
Il vise à améliorer l'efficacité énergétique, accélérer la production d'énergie renouvelable, notamment l'hydro-électricité, l'éolien, le solaire et les biocarburants.
Québec mise également sur le gaz naturel, qui émet 32 % moins de GES que le mazout, selon l'industrie, mais qui contribue tout de même à cette forme de pollution.
Il s'agit d'un objectif très ambitieux qui doit toutefois être accueilli avec un certain scepticisme compte tenu de la piètre performance du Québec dans la lutte aux émissions de GES et la réduction de la dépendance au pétrole.
Car si le gouvernement du Québec vise une réduction des émissions de GES de la province de 37,5 pour cent d'ici 2030, sous le niveau de 1990, cet objectif apparaît de plus en plus hors d'atteinte puisque les émissions québécoises n'ont diminué que de huit pour cent entre 1990 et 2014.
À elles seules, les émissions reliées au transport ont augmenté de 20 pour cent depuis 1990.
Lutter contre les GES passe inévitablement par le secteur des transports, responsable à lui seul de 46 pour des émissions.
Or, les efforts du Québec pour l'électrification des transports demeurent très timides et ont produit peu de résultats jusqu'ici : la province dépend encore massivement des carburants fossiles même si 99 pour cent de son électricité provient déjà de sources renouvelables.
Le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand s'engage certes à maintenir les subventions à l'achat d'une voiture électrique, qui vont jusqu'à 8000 $, et se fixe un objectif de 100 000 véhicules sur les routes du Québec en 2020. On en dénombrait seulement 14 390 au 31 mars dernier.
Compte tenu du faible coût de l'essence, devrait-on améliorer les mesures incitatives pour l'achat d'une voiture électrique?
Faudra-t-il, pour ce faire, taxer davantage les grosses cylindrées alors que depuis 2015 les Québécois achètent davantage de camions légers et de VUS que de voitures, ce qui va à l'encontre des objectifs du gouvernement?
Quant aux transports collectifs, il y a bien le projet de Réseau électrique métropolitain, à Montréal, mais où est le plan pour électrifier les transports en commun dans les autres centres urbains?
Par ailleurs, le gouvernement Québec ne tourne pas le dos aux énergies fossiles et aux revenus qu'il pourrait en tirer puisqu'il entend définir une « nouvelle approche » en fonction de quatre enjeux : le transport sécuritaire des hydrocarbures, l'exploitation « responsable » des hydrocarbures, l'acceptabilité sociale et l'application de normes environnementales plus strictes.
Or, les Québécois, particulièrement les résidents des basses terres du Saint-Laurent et de nombreux élus de cette vaste région, s'opposent à toute forme d'exploitation des hydrocarbures sur leur territoire, qu'il s'agisse de gaz de schiste ou de pétrole.
Le BAPE (Bureau d'audiences publiques sur l'environnement) juge d'ailleurs que l'exploitation du gaz de schiste provoquerait une hausse des émissions de GES, avec des conséquences sur la qualité de l'air et la pollution des eaux souterraines et de surface.
Sans compter que les redevances seraient insuffisantes pour compenser les coûts environnementaux et sociaux.
Le premier plan d'action de la Politique énergétique 2030 comporte des objectifs louables, mais il faudra mettre les bouchées doubles pour les atteindre et, surtout, être cohérent.