Donald Trump

Un avenir incertain dans les relations canado-américaines

ANALYSE / Déjà en 1969, le premier ministre Trudeau père caractérisait les relations canado-américaines par l’analogie d’une souris couchant avec un éléphant. Toute secousse ou même tout grognement de l’éléphant risque d’écraser la souris. Or, le Canada n’a pas le choix de composer avec la situation. Il faut d’emblée reconnaître que ce sont les États-Unis qui ont le gros bout du bâton.

Avec l’élection de Donald Trump, la relation confortable du Canada avec les États-Unis a pris fin. Le Canada a ni plus ni moins subi un tsunami politique qui a transformé radicalement les relations canado-américaines, comme cela ne s’était jamais passé auparavant. Les autorités canadiennes ne pouvaient recourir à aucun antécédent pour alimenter leurs réflexions et définir l’attitude la plus appropriée.

Normalement, Justin Trudeau pensait compter sur son charme personnel pour attendrir Trump. Mais ce dernier est tellement imbu de lui-même que cette stratégie s’avéra contre-productive. Trump se sentit menacé par le charme et la jeunesse de Trudeau. Cela n’étant pas suffisant, Ottawa avait donc besoin de plus pour protéger les intérêts du Canada.

D’emblée, Trump se montra non seulement sceptique, mais même hostile aux accords commerciaux. Ces derniers ne sont pour lui que des moyens permettant aux États-Unis de réaliser leurs intérêts sans tenir compte de ses interlocuteurs qu’il perçoit plus comme des adversaires que des partenaires. Il a d’ailleurs une attitude similaire en ce qui concerne les alliances de sécurité.

Pendant ses 40 années de carrière comme homme d’affaires, Trump a démontré qu’il voyait toute relation comme une occasion de négocier et d’obtenir quelque chose sans rien donner en retour. Il faisait construire des hôtels, mais il ne payait que la moitié des coûts.

Pour lui, dans la vie, il n’y a pas d’associés, il n’y a que des adversaires. Il considère que dans toute négociation, il y a des gagnants et des perdants et il est déterminé à être le gagnant. Face au comportement ancré de Trump, le Canada a donc raison d’être inquiet. Ottawa a choisi de travailler discrètement dans le meilleur intérêt du pays. Il était déterminé à rester au-dessus de la mêlée. Sachant le mépris que Trump affiche devant les faibles, il était prêt à rester et à se faire respecter.

Qu’il le veuille ou non, le Canada est appelé à travailler de concert avec les États-Unis dans des domaines aussi diversifiés que les changements climatiques, le commerce, la défense, la sécurité des frontières ou l’immigration. Or, le gouvernement Trudeau est loin de partager les mêmes points de vue dans ces domaines que Trump et son administration.

Parmi les différentes menaces représentées par ces politiques, aucune n’est aussi grande que son refus de s’engager dans la lutte contre les changements climatiques. Cette réticence dépasse le rejet de l’accord de Paris ou son soutien aux industries gazières, pétrolières et charbonnières. Il a aussi choisi d’abroger des pans entiers des règles environnementales mises en place par ses prédécesseurs. 

Or, toute détérioration de l’environnement aux États-Unis affecte directement le Canada. Les politiques de Trump rendent non seulement les entreprises canadiennes moins concurrentielles, mais elles menacent aussi directement la stratégie verte du gouvernement Trudeau. En conséquence, l’environnement est un sujet épineux sur lequel Ottawa doit tenter d’amadouer Washington.

Des divergences aussi apparaissent concernant le renseignement et la sécurité aux frontières. Comme la confiance a été amoindrie, la situation est devenue plus inquiétante. En ce qui concerne les services de renseignement, le Canada est confronté à un dilemme moral. Continue-t-on de partager ouvertement nos renseignements, au risque que les États-Unis, sous Trump, politisent ceux-ci de manière indue? Dans ce domaine, comme dans d’autres, la coopération est rendue plus difficile.

Trump peut apparaître pour beaucoup comme ayant un comportement désordonné, fragmenté et incohérent. Mais cela ne découle que d’une perception superficielle. En fait, son attitude abrasive et apparemment bizarre fait partie d’une stratégie pour empêcher ses interlocuteurs de deviner ses positions. Par conséquent, il est aussi nécessaire pour le Canada de développer une stratégie défensive appropriée.

Sur le plan de l’immigration, les différences ne pourraient être plus grandes. Alors que Trump ferme ses frontières aux réfugiés, le Canada maintient une politique bienveillante, au risque de déplaire à l’administration américaine. Dans ce dossier, le ton est devenu pour le moins désagréable.

Des incertitudes similaires sont apparues également concernant les liens avec les grandes institutions internationales, alors que le Canada veut être un joueur important, comme puissance moyenne, avec des organisations comme l’ONU, l’OTAN et le FMI, etc.

Si les relations Harper-Obama peuvent avoir été qualifiées de froides, celles de Trudeau-Trump sont clairement glaciales. Et Trudeau n’en est pas responsable. Les relations canado-américaines ont atteint un bas niveau comme cela ne s’était pas vu depuis un siècle. En comparaison, les liens Kennedy-Diefenbaker ou Trudeau-Nixon étaient harmonieux. Trump se comporte non seulement comme un éléphant, mais un éléphant en colère qui brise tout sur son passage.

La seule attitude dans les circonstances, c’est de rester à flot, alors que le Canada doit naviguer dans des eaux accidentées et houleuses. C’est ce que le premier ministre Trudeau a choisi de faire. Il s’est montré très coopératif et prudent, évitant d’exprimer des opinions personnelles et encore moins d’attaquer le président américain.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.