La CAQ souhaite implanter la maternelle 4 ans partout au Québec.

Un autre devoir bâclé

ÉDITORIAL / François Legault et la Coalition avenir Québec ont démontré qu’ils étaient loin de maîtriser les tenants et aboutissants du dossier de l’immigration. Il semble en être de même avec un autre projet cher au chef de la CAQ, l’implantation de maternelles 4 ans partout au Québec.

Au premier débat des chefs, Philippe Couillard a accusé François Legault d’être brouillon en la matière. «Avec vous, l’ambition rime souvent avec brouillon», a lancé le chef libéral, soutenant que la CAQ sous-estime le coût de cet engagement du simple au double. Les autres formations émettent aussi des doutes sur le réalisme et la justesse de la promesse caquiste, étant donné le manque de personnel et de locaux dans les écoles, et l’existence des centres de la petite enfance. 

C’est une chose quand la critique vient des adversaires politiques. C’en est une autre lorsque les réserves proviennent de spécialistes à l’extérieur de l’arène politique. 

«La maternelle 4 ans pour tous. Une mauvaise affaire pour tous». C’est le titre d’une lettre publiée mardi dans La Presse et signée par Nathalie Bigras, directrice de l’équipe de recherche qualité des contextes éducatifs de la petite enfance de l’UQAM, et neuf autres professeurs du réseau de l’Université du Québec, de l’Université Laval et de l’Université de Montréal.

Que soutiennent les auteurs? Que la formation politique et son chef tiennent peu compte des grandes tendances dans la littérature scientifique. Selon eux, «la majorité des études européennes et nord-américaines arrivent à la conclusion que les enfants plus jeunes à leur arrivée dans le réseau scolaire éprouvent davantage de difficultés que les plus âgés au moins durant les premières années du primaire». 

Ce n’est pas la première fois que la CAQ manifeste peu d’intérêt pour la science.

Les députés Éric Caire et Geneviève Guilbault défendent des modèles de services de garde même si ceux-ci sont jugés de moindre qualité par des chercheurs. 

Les professeurs font également référence aux modèles souvent cités en éducation, ceux de la Finlande et de l’Ontario. Ils notent que «l’école finlandaise, une des plus performantes du monde, favorise davantage l’apprentissage par le jeu jusqu’à 6 ans plutôt qu’une scolarisation précoce».

À propos de l’Ontario, ils soulignent que la réforme menée chez notre voisin ne se résume pas à la maternelle 4 ans à temps plein. Il faudrait donc éviter d’y attribuer les progrès réalisés ces dernières années. 

Ils s’interrogent aussi sur les coûts que devront assumer la société et les parents, de même que sur la réorganisation que nécessitera d’envoyer un enfant à l’école plutôt qu’au CPE. «Les CPE sont ouverts 261 jours par année jusqu’à 18h. L’école : 182 jours jusqu’à 15h».

Les signataires rappellent de plus que l’Ontario ne possède pas de services éducatifs à la petite enfance de qualité, comme les CPE. Une remarque déjà formulée au Journal de Montréal par l’ex-première ministre ontarienne Kathleen Wynne. 

Tous s’endentent sur la nécessité d’agir tôt. Mais au lieu de tout miser sur la maternelle parce qu’une fraction des 82 000 enfants de 4 ans vont dans un CPE, un gouvernement caquiste devrait d’abord se soucier de bonifier tous les services de garde. 

La CAQ prévoit certes un programme de dépistage précoce des troubles d’apprentissage pour les 0 à 5 ans. Très bien. Mais il faut aussi compter sur du personnel qualifié dans les services de garde pour les repérer et les diriger vers les équipes spécialisées d’évaluation et d’intervention dans le réseau de la santé.

Difficile de croire qu’en quelques minutes, l’infirmière responsable de la vaccination et le médecin de famille dépisteront tout.