Le président américain Donald Trump

Un accord sur la corde raide

ÉDITORIAL / Après avoir été écarté de la table de négociation pendant plus d’un mois, le Canada s’est lancé cette semaine dans un blitz avec les États-Unis pour tenter d’en arriver à un accord à l’intérieur des délais — soit aujourd’hui — que s’est fixés le président américain Donald Trump.

Jusqu’ici, la stratégie adoptée par Washington pour briser l’impasse dans laquelle s’enlisaient ces pourparlers donne les résultats espérés par le président, qui a décidé d’exclure le Canada pour discuter directement avec le Mexique.

Les négociateurs canadiens avaient certainement prévu ce scénario, mais des discussions qui se font dans l’urgence donnent rarement des ententes équilibrées, comme on l’a vu avec la Corée du Nord.

La pression qui s’exerce sur le président Trump augmente chaque fois qu’on apprend qu’un autre de ses proches conseillers accepte de collaborer avec l’enquête du procureur spécial Robert Mueller. Les élections de novembre approchent et la Maison-Blanche a besoin de marquer des points pour étayer la crédibilité d’un président assiégé, alors que la tempête se prépare.

Mais M. Trump n’est pas le seul à agir sous pression. Justin Trudeau pourra difficilement faire des concessions sur la gestion de l’offre sans se mettre à dos tous les chefs de parti provinciaux québécois, en pleine campagne électorale. L’entente pourrait aussi inclure un chapitre sur la propriété intellectuelle qui va plus loin que l’Accord de partenariat Transpacifique, et qui provoquera beaucoup d’opposition.

Certaines mesures limiteraient la capacité du Canada à adopter des lois pour protéger les données personnelles ou protéger le contenu canadien face à des diffuseurs numériques étrangers.

Les deux pays ont plus à gagner à conclure une entente qu’à se laisser sur un désaccord. Se retirer unilatéralement de l’ALENA pour mettre en place un cadre bilatéral avec le Mexique est un parcours semé d’embûches. Rien ne dit que l’administration en place n’arrivera pas à ses fins en bout de ligne, mais ce sera une longue bataille. Plusieurs États américains qui dépendent majoritairement du commerce avec le Canada ne voient pas cette éventualité d’un bon œil, et il y aura probablement un prix électoral à payer en novembre si les pourparlers devaient échouer.

De même pour le Canada, si nous ne parvenons pas à un compromis raisonnable qui permettrait au président de se positionner en vainqueur, ou à tout le moins de sauver la face, les États-Unis risquent de se montrer plus exigeants pour la suite des choses. À ce moment-ci, Washington tient à finaliser cet accord à temps pour que le gouvernement de Peña Nieto puisse le ratifier avant la passation de pouvoirs à son successeur.

Cet empressement peut jouer en notre faveur et se traduire par des concessions. Une fois passée cette échéance, le Canada risque toutefois de devoir payer plus cher un hypothétique compromis.

Mais de tout cela, que ressortira-t-il en fin de compte, qui sera durable et constructif? Les considérations de politique intérieure, et de petite politique intérieure même, ne créent pas vraiment des conditions propices à l’élaboration d’un cadre commercial moderne qui repose sur des assises solides.

Il y a une différence entre marquer des points pour donner l’impression d’avoir trouvé la solution à un problème imaginaire, et se donner des outils pour concrétiser une vision de l’avenir.