Chaque nouveau conducteur devra suivre une formation de 35 heures donnée par Uber.

Uber là pour rester

ÉDITORIAL / Le service de transport de personnes Uber est là pour rester. Québec vient de reconduire le projet pilote avec la firme californienne pour une autre année. Il donne ainsi l'indication que ce nouveau service va dorénavant faire partie de l'offre de taxi, quitte à se soumettre à des règles élémentaires. Réactionnaires, les jeunes libéraux n'ont trouvé rien de mieux que de s'inquiéter pour la réputation du Québec. Et la sécurité des usagers dans tout ça?
Le ministère des Transports du Québec prolonge ainsi le projet pilote, mais en renforçant les obligations des conducteurs qui désirent mettre leur voiture au service du public. Tout comme les chauffeurs de taxi, chaque nouveau conducteur devra suivre une formation de 35 heures donnée par Uber. Cette dernière devra également faire vérifier les antécédents judiciaires de ses nouveaux associés par les corps policiers. Enfin, tout véhicule transportant des clients devra passer avec succès une inspection mécanique tous les 12 mois.
Avouons qu'il n'y a rien de bien méchant dans ces conditions. En tant qu'administration publique responsable, Québec prend ainsi soin de s'assurer de la sécurité des usagers. C'est un minimum. Malgré tout, les conducteurs d'Uber profitent d'un avantage certain, n'ayant pas à acheter un coûteux permis. Selon le Ministère, la valeur des permis de taxis aurait chuté de 38 % depuis l'arrivée d'Uber. De leur côté, les associations de taxis estiment qu'un permis de 200 000 $ ne vaut plus aujourd'hui que 80 000 $.
Invité à réagir, un porte-parole d'Uber a qualifié la nouvelle règlementation de « rétrograde », allant jusqu'à menacer de quitter le Québec. Ceux qui osent se draper ainsi du drapeau de la nouvelle économie du « partage » auraient de toute évidence intérêt à acquérir quelques notions de service public. La sécurité de la population et des usagers d'un service n'a rien de rétrograde. Bien au contraire, elle témoigne d'une évolution sociale vers un bien-être accru des citoyens. Quand l'État veille à la sécurité de la population, il joue parfaitement son rôle.
La Commission jeunesse du Parti libéral s'inquiète pour sa part de la perception négative du Québec à l'étranger. À ses yeux, les nouvelles exigences du gouvernement imposent « un carcan administratif lourd et complexe » à un modèle innovant. Cet exemple illustre bien tout le drame des nouvelles générations qui ne prennent pas le temps de considérer l'expérience passée. Trop pressées de s'amuser avec leur nouveau jouet, elles tentent d'occulter les leçons élémentaires de prudence et de protection du public.
Le service de taxi d'Uber apporte certes une contribution intéressante au transport urbain.
Nous devons reconnaître qu'Uber a secoué les puces d'une industrie qui se confortait dans la facilité. Son principal mérite semble d'avoir réduit considérablement les impardonnables délais d'attente, tout en offrant un mode de paiement rapide et efficace. Ce mode de paiement fait le pont avec les avantages offerts par les nouvelles technologies électroniques.
En ce sens, Uber révolutionne positivement le service de transport des passagers. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il connaît un engouement certain auprès des usagers.
Uber est donc là pour rester, ou du moins son application Internet de transport. L'entreprise devra cependant apprendre à respecter les règles existantes, en particulier en ce qui concerne la sécurité et la protection du public. À défaut, elle devra aller se faire voir ailleurs. La Ville de Londres vient d'ailleurs de lui montrer la porte sans trop de ménagements. Québec est tout à fait légitimé d'exiger une grande rigueur.