Trop peu, trop tard

ÉDITORIAL / Rien ne peut justifier le «cafouillage» de mardi soir sur l'autoroute 13 sud, à Montréal, où 300 automobilistes sont demeurés immobilisés durant 12 heures en pleine tempête de neige, sinon le manque d'imputabilité et de coordination entre les différents responsables des opérations.
Même les excuses exceptionnelles du premier ministre Philippe Couillard, qui a démontré une réelle empathie, sont arrivées sur le tard.
Comment expliquer que 300 personnes aient été pratiquement abandonnées à leur sort dans la neige et le vent?
L'A-13 est l'une des principales autoroutes sur l'île de Montréal et est, forcément, située en pleine ville, donc à proximité des services d'urgence. Ce n'est pas un bout de la route 132 perdu en Gaspésie!
De plus cette tempête, qui a laissé entre 40 et 45 centimètres de neige mardi et mercredi sur Montréal, était annoncée depuis aux moins 48 heures.
Alors que s'est-il passé?
On sait qu'en milieu de soirée mardi, plusieurs automobilistes étaient retenus derrière deux semi-remorques pris dans la neige dont les chauffeurs auraient refusé de faire déplacer leur véhicule en raison des coûts.
Et cela, malgré l'insistance des remorqueurs alors que les policiers de la Sûreté du Québec (SQ) étaient incapables de se rendre sur les lieux pour les y obliger.
Le sous-traitant du ministère des Transports du Québec (MTQ) chargé de l'entretien de l'A-13, Roxboro Excavation, affirmait pour sa part au surveillant du contrat que toutes ses déneigeuses étaient en circulation, mais rien ne bougeait.
De son côté, la SQ a tardé à ordonner l'évacuation des personnes coincées dans leur automobile et à contacter le Service des incendies; les autobus sont arrivés à 5 h 25 du matin!
Plus étonnant encore, la SQ n'a même pas été conviée aux réunions de la Sécurité civile de Montréal et du MTQ, mardi soir.
Pourquoi le MTQ n'avait-il pas prévu les ressources nécessaires pour affronter cette tempête et s'assurer que son sous-traitant faisait son travail correctement, d'autant plus que ses patrouilleurs auraient demandé du renfort dès 20 h?
En outre, où étaient le ministre des Transports, Laurent Lessard, et son collègue de la Sécurité publique, Marc Coiteux, au cours de cette nuit de pagaille?
Manque de communication et de coordination au plan décisionnel? Mauvais partage des responsabilités et absence d'imputabilité? Peut-être un peu de tout cela à la fois, bien que les personnes sur le terrain, policiers, patrouilleurs du MTQ, pompiers et remorqueurs, ont visiblement fait tout leur possible.
Il est facile de juger, mais le manque évident de préparation, voire l'inaction à certains moments, des responsables des services policiers et d'urgence est inacceptable et aurait pu avoir des conséquences beaucoup plus graves. Encore heureux qu'il n'y ait pas eu de morts sur l'A-13.
La Sûreté du Québec a certes suspendu de ses fonctions l'officier responsable de la «gestion» de la tempête, tandis que le MTQ a relevé de ses fonctions sa sous-ministre responsable de la sécurité civile et annoncé une enquête administrative sur le sous-traitant chargé du déneigement de l'autoroute 13. Bravo!
Mais est-ce une façon de trouver rapidement des coupables devant la grogne populaire?
Pour savoir ce qui s'est passé, le gouvernement Couillard a confié une enquête indépendante sur les pratiques du MTQ à Florent Gagné, un choix décrié par la Coalition avenir Québec. Peut-être avec raison.
Ce haut fonctionnaire de carrière, qui a été sous-ministre des Transports puis directeur général de la Sûreté du Québec, s'était fait reprocher d'avoir fermé les yeux sur ce qui s'était passé au MTQ par la juge France Charbonneau durant l'enquête sur la corruption dans l'industrie de la construction. Osera-t-il cette fois-ci se faire plus critique du MTQ?