Trop cher

ÉDITORIAL / Les Québécois ne seront guère surpris d’apprendre qu’ils paient leurs médicaments plus cher que dans les autres provinces canadiennes, ce qui pénalise non seulement les citoyens, mais également les employeurs qui offrent une couverture d’assurance-médicaments.

Une étude de quatre chercheurs de l’Université de Montréal, de l’Université Concordia et de l’Université de la Colombie-Britannique en arrive à cette conclusion, estimant même que le régime québécois d’assurance-médicaments est l’un des moins performants au monde en ce qui a trait aux coûts, à l’accès et à l’équité.

La situation est d’autant plus grave dans le contexte où les ménages sont surendettés et où les personnes dont la santé est le plus à risque, les aînés, les personnes les plus pauvres et les sans-emplois, sont généralement de plus grandes consommatrices de médicaments.
Comment en sommes-nous arrivés là?

Au Québec, chaque personne doit être couverte par un régime d’assurance-médicaments, soit par le régime public, administré par la Régie de l’assurance maladie du Québec, ou par un régime privé (assurance collective ou régime d’avantages sociaux).

L`étude, publiée dans l’édition d’octobre du Journal de l’Association médicale canadienne, survient au moment où le gouvernement fédéral jongle avec l’idée d’implanter un régime public universel d’assurance-médicaments.

Le constat des chercheurs est sévère: le régime québécois d’assurance-médicaments n’aurait permis aucune économie en comparaison avec le reste du pays.

De plus, l’écart entre le Québec et les neuf autres pays membres de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) qui ont un régime public universel pour les médicaments serait encore plus prononcé.

Le coût annuel pour les citoyens et les entreprises qui offrent une couverture d’assurance-médicaments a augmenté plus rapidement ici qu’ailleurs au pays: il était de près de 150 $ par personne partout au Canada en 1997 et est passé à
699 $ au Québec en 2015, comparativement à 494 $ en moyenne dans le reste du pays, une différence de 205 $!

Une autre étude publiée en début d’année dans le Journal de l’Association médicale canadienne a déjà proposé la mise en place d’une couverture universelle pour plus d’une centaine de médicaments essentiels (contraceptifs, analgésiques et médicaments pour contrôler la pression artérielle, notamment).

Un tel système permettrait aux Canadiens d’épargner jusqu’à trois milliards $ par année puisqu’un acheteur unique pourrait négocier le prix le plus bas.

Les familles canadiennes qui n’ont pas d’assurance-médicaments (ce qui n’est pas le cas au Québec puisque tous doivent être assurés) pourraient aussi économiser.

Un régime universel pancanadien serait-il la solution, bien que cela pourrait empiéter sur les compétences de provinces?

Mélanie Bourassa Forcier, professeure de droit à l’Université de Sherbrooke, qui s’intéresse notamment à la réglementation pharmaceutique, croit qu’il y a plusieurs éléments à soupeser avant de tout remettre en question.

«Nous sommes l’une des provinces où la consommation de médicaments est parmi la plus élevée au Canada (...). Le coût de l’assurance est lié aux habitudes de consommation, au type de couverture et aux honoraires des pharmaciens; ce sont des éléments à considérer avant de tout changer», dit-elle.

«Il faut aussi être conscient que c’est un choix de société, être conscient qu’un régime public universel peut limiter la variété de l’offre. Ce n’est pas juste sur la base du prix», ajoute Mme Bourassa Forcier.

Chose certaine, la récente étude des quatre chercheurs canadiens doit envoyer un message au gouvernement du Québec qui devrait à tout le moins faire ses propres analyses sur le sujet et déterminer s’il est possible de réduire la facture pour les citoyens et les entreprises québécoises.