Sachez que le prix des cours de conduite est réglementé par le ministère des Transports et qu’il est gelé depuis 2010. Autrement dit, puisque tout augmente, il diminue sans cesse.

Trois petits singes et un ministre

OPINION / On connait tous l’image. Trois petits singes : l’un se cache les yeux, l’autre les oreilles, le troisième couvre sa bouche. Depuis 8 ans, ceux qui interviennent dans l’industrie des écoles de conduite font comme ces petits singes.

En 1997, sous la recommandation des fonctionnaires de la SAAQ, le parti au pouvoir abolissait les cours de conduite obligatoires. La conséquence? Une importante augmentation des accidents de la route frappe de plein fouet les jeunes Québécois âgés entre 16 et 24 ans.

Douze ans plus tard, malgré l’opposition des fonctionnaires, la ministre des Transports de l’époque fait marche arrière et réintroduit le cours de conduite obligatoire.

Mais, la nécessaire transition qui s’annonce inquiète le gouvernement. On craint que l’offre de cours ne soit pas suffisante à court terme. Bons princes, les propriétaires d’écoles de conduite acceptent que le gouvernement fixe un prix plafond pour les cours. Cette concession était assortie de la promesse des politiciens de corriger le tir l’année suivante, tout en maintenant un moratoire de deux ans sur l’ouverture de nouvelles écoles. C’était la recette gouvernementale pour une implantation harmonieuse du nouveau programme d’éducation à la sécurité routière (PESR).

Huit ans et huit ministres des Transports plus tard, la diminution importante des accidents sur la route chez les jeunes Québécois est spectaculaire. Pendant tout ce temps cependant, aucune augmentation du prix des cours de conduite au Québec n’a eu lieu… pendant huit ans!

Armés de leurs spécialistes des communications, nos petits singes ont eu tôt fait de tenter de convaincre la population du Québec que ce renforcement de la sécurité routière est le résultat de leurs politiques : répression policière accrue, lois plus sévères, photoradar, etc. Tout y passe.

Mais, personne dans les officines gouvernementales ne parle de l’implication des formateurs dans les écoles de conduite du Québec. Personne ne félicite leur dévouement quotidien, leur patience ou encore leur volonté acharnée de transmettre des bonnes habitudes de conduite à nos jeunes.
Jamais on ne parle de l’augmentation astronomique des coûts à laquelle a dû faire face une école de conduite du Québec pendant les huit dernières années!  

Qui parle des redevances obscènes de 40 % que les écoles de conduite sont forcées de payer, simplement pour obtenir le matériel didactique qu’elles utilisent? Qui parle du 150 $ qu’un instructeur doit payer pour se faire « évaluer » pendant une heure par quelqu’un qui n’a jamais donné de cours de conduite de sa vie?

Personne ne parle des graves conséquences pour les écoles de conduite du Québec de la décision du ministre Fortin… de ne pas prendre de décision. Que voulez-vous, pour enseigner il faut avoir un peu d’humour…

Sachez que le prix des cours de conduite est réglementé par le ministère des Transports et qu’il est gelé depuis 2010. Autrement dit, puisque tout augmente, il diminue sans cesse.

Comment le ministre des Transports peut-il espérer maintenir à jour la formation de notre personnel dans de telles conditions? Comment croit-il que nous pourrons absorber l’augmentation sans fin des loyers, des taxes ou encore de l’entretien de nos véhicules? Comment le ministre Fortin propose-t-il que nous composions avec l’augmentation de plus de 6 % du salaire minimum que le gouvernement a lui-même consenti dernièrement, et qui pousse à la hausse les salaires de tout un chacun au Québec? Que suggère-t-il que nous fassions chaque fois qu’une variation du prix de l’essence menace nos entreprises?

Je comprends le consommateur, le payeur et le parent qui cherche à débourser le plus petit montant possible pour un cours de conduite, mais pas au mépris de la sécurité routière. L’expérience nous enseigne quel sera le prix à payer si nous cédons à cette tentation.

Monsieur Fortin, il est urgent de rétablir l’ordre et l’équité pour les écoles de conduite du Québec. Libéralisez notre industrie. Que les singes soient muets, aveugles ou sourds passe encore… mais pas un ministre.

François Lauzière
Président, Association des écoles de conduite du Québec
Propriétaire de l’école
de conduite Parcours