Bruno Côté

Très contestable  

ÉDITORIAL / L’adoption par les élus du canton de Potton d’une résolution pour l’annulation de la Loi sur l’immatriculation des armes à feu surprend et soulève des questions.

Dans ce texte adopté à l’unanimité lundi dernier, les élus font notamment valoir que le registre des armes à feu n’empêchera pas l’importation et l’utilisation d’armes illégales, qu’il tend à « démoniser les armes à feu et les propriétaires honnêtes possédant les permis fédéraux requis » et qu’il risque de connaître des dépassements de coûts comme le défunt registre fédéral.

Le conseiller Bruno Côté soutient que le sondage Web commandé par le groupe pour le contrôle des armes « PolySeSouvient », selon lequel près de 8 Québécois sur 10 seraient en faveur de l’application de la loi, n’a pas été fait de la bonne façon.

Sur quoi se base-t-il pour faire une telle affirmation?

Les élus proposent que Québec investisse les sommes prévues pour le registre dans la lutte contre le marché noir des armes et la maladie mentale afin d’éviter des drames humains. Pourquoi ne pas faire les deux?

Toutefois, est-ce le rôle d’une municipalité d’épouser la cause des propriétaires d’armes à feu et de militer contre cette loi?

Le président de la Fédération québécoise des municipalités, Jacques Demers, n’en est pas convaincu et compte soulever la question auprès de son exécutif.

En outre, les élus du canton de Potton peuvent-ils prétendre parler au nom de tous les citoyens de leur municipalité?

N’y a-t-il pas quelque chose d’un peu gênant qu’une municipalité utilise pratiquement les mêmes arguments que le collectif « Tous contre un registre québécois des armes à feu »?

Ce groupe mène depuis des années une campagne contre l’immatriculation des armes à feu et s’est distingué par son manque total de sensibilité et de respect envers les 14 femmes victimes de la tuerie de l’École polytechnique de Montréal, en décembre 1989.

À l’automne 2017, « Tous contre un registre québécois des armes à feu » avait même eu la brillante idée d’organiser une manifestation proarmes sur la Place du 6-décembre-1989 à quelques jours du 28e anniversaire de la tuerie… avant d’abandonner devant la réaction populaire.

L’idée d’un registre québécois des armes à feu de catégorie non restreinte (fusils de chasse, carabines), lancée à la suite de la décision de l’ancien gouvernement Harper de détruire le registre fédéral créé par les libéraux, suscite passablement de division au Québec.

Il est vrai que la loi ne comporte aucune mesure contre l’importation et l’utilisation d’armes illégales, ce que font valoir avec raison les opposants, bien que cette question relève en bonne partie du gouvernement fédéral.

En revanche, le registre donnera aux policiers des informations sur la possession d’armes à feu légales sur le territoire et chez les particuliers lors d’intervention.

Il s’agit d’une question de sécurité publique.

On peut comprendre la résistance des chasseurs respectueux de la loi et qui sont d’honnêtes citoyens, mais en quoi l’obligation d’enregistrer une arme « démonise » son propriétaire?

À quelques jours de la date butoir du 29 janvier pour l’enregistrement des armes à feu, moins de 20 pour cent le sont, selon le ministère de la Sécurité publique, résultat sans doute du boycottage des groupes proarmes.

La pression est forte sur le gouvernement Legault, qui devra avoir le courage d’appliquer les sanctions prévues par la loi aux contrevenants.

Cette loi n’est pas parfaite, mais elle a été adoptée par une écrasante majorité de l’Assemblée nationale en 2016, elle a passé à ce jour le test des tribunaux et les propriétaires d’armes savent depuis des mois qu’ils doivent s’enregistrer.

L’avenir dira si les élus du canton de Potton recueilleront des appuis, mais leur résolution apparaît très mal à propos.