C’est sans surprise que les Canadiens ont appris, mardi, que le gouvernement de Justin Trudeau a approuvé la construction de l’oléoduc Trans Mountain qui reliera l’Alberta et le terminal maritime à Burnaby, près de Vancouver.

Trans Mountain: l’aval s’imposait

ÉDITORIAL / Au fil des années, il était devenu clair que le Canada devait diversifier ses marchés, pétroliers entre autres, du seul acheteur qu’étaient les États-Unis. Il est illogique que le Canada se limite à un seul acheteur en raison de sa position géographique particulière. Compte tenu de la présence du pétrole dans l’ouest du pays plutôt que dans l’est, il semblait également logique que le Canada cible les marchés de l’Asie pour exporter ce précieux or noir.

Ainsi, c’est sans surprise que les Canadiens ont appris, mardi, que le gouvernement de Justin Trudeau a approuvé la construction de l’oléoduc Trans Mountain qui reliera l’Alberta et le terminal maritime à Burnaby, près de Vancouver.

Ce projet essentiel pour le pétrole des sables bitumineux de l’Alberta coûtera 5,5 milliards $. Il signifiera la construction de 980 km de nouvelles conduites, et la réactivation de 193 km d’un oléoduc qui n’a pas été utilisé depuis des lunes. Il sera aménagé aux côtés de celui existant, et triplera la capacité de transport qui passera de 300 000 à 900 000 barils par jour.

C’est une décision courageuse pour ce gouvernement du point de vue de l’est du pays, car elle permettra de multiplier les marchés d’exportation du Canada. Il s’agit d’une décision encore plus courageuse par rapport à la Colombie-Britannique, dont les besoins seront plus que comblés par ce nouveau pipeline, l’essentiel du volume allant vers les marchés étrangers. Il s’agit enfin d’une décision qui allait de soi du point de vue de l’Alberta qui réclamait cet oléoduc depuis des années.

Évidemment, cette annonce génère une tonne de réactions critiques d’un point de vue environnemental. Elle semble contraire aux priorités vertes de ce gouvernement, et du monde qui cherche des solutions plus douces pour l’environnement.

Le gouvernement Trudeau a enfin répondu au grand paradoxe qui l’entoure depuis son élection en 2015 : comment réconcilier les objectifs énoncés lors de la Conférence de Paris de 2015 sur les changements climatiques avec ceux d’un pays encore à la solde de l’industrie pétrolière. Simplement en promettant d’investir « tous les revenus » liés à la réalisation de ce projet, ainsi que les profits liés à sa privatisation éventuelle, dans des projets qui permettront au Canada d’accélérer sa transition écologique. Cela ne se fera pas nécessairement à coût nul, quoique Justin Trudeau l’espérera fortement. Il se projette plutôt dans l’avenir et se croise les doigts.

Car la durée de vie d’un pipeline s’échelonne sur plusieurs décennies, bien au-delà de son achat et de sa revente. Le gouvernement n’a pas été suffisamment transparent à ce niveau. Il aurait dû élaborer un plan pour consacrer une partie des revenus fédéraux de ce pipeline à des initiatives vertes. Cela aurait contribué à fournir davantage d’arguments au gouvernement Trudeau quant à l’à-propos de cette décision, surtout pour modérer les ardeurs des environnementalistes qui soulèvent plusieurs objections valides aux yeux des Canadiens. Cela aurait aussi fermé le lot d’arguments du Nouveau Parti démocratique et du Bloc québécois, qui sont contre. Quant au Parti conservateur, son chef Andrew Scheer est coincé, car il voulait le pipeline : il s’est contenté de vaines attaques sur le début des travaux, qui démarreront dès cet été.

En bout de course, c’est une bonne décision de la part d’un gouvernement qui n’avait pas vraiment le choix : le refuser lui aurait fermé tout potentiel de réélection en octobre prochain dans les Prairies, où il a déjà suffisamment de difficultés. Il a pris le taureau par les cornes et espère l’avoir maté.