Toutes ensemble pour la défense des droits des femmes qui sont dans l’industrie du sexe?

Eh bien non.

Dimanche le 28 octobre dernier, les membres de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), ont procédé à l’adoption d’une proposition qui visait clairement les femmes pro-travail du sexe sur la question de la prostitution au détriment des femmes qui se considèrent des survivantes dont moi.

D’abord, la proposition 12 se lisant comme suit : « Que la FFQ reconnaisse l’agentivité des femmes dans la prostitution/industrie du sexe incluant le consentement à leurs activités » m’a foutu en rogne. Quelle agentivité une adolescente de 15 ans possède-t-elle quand on l’incite à se prostituer exactement?? (80% des femmes dans la prostitution sont entrées alors qu’elles étaient mineures). Ou encore l’agentivité arrive quand on a 18 ans peut-être? Les gens savent-ils que plus souvent qu’autrement l’industrie va chercher des femmes vulnérables et les « cassent » (viol collectif notamment) pour les désensibiliser quand elles seront prostituées? C’est ça qu’on appelle l’agentivité? Ça m’a pris des années à accepter que j’ai fait un « choix » dans un non-choix et que j’arrête d’avoir honte de ne pas en être sortie plus tôt. 

Quand la FFQ dit vouloir reconnaître l’importance de défendre les droits des femmes à la sécurité, à la santé et à l’autonomie, et à des conditions décentes dans l’exercice de leur « travail », je ne vois pas comment on peut défendre les femmes en permettant qu’elles demeurent dans l’industrie du sexe qui est en soit violente. La décriminalisation n’assure pas la sécurité des femmes, ça prend une minute pour tuer quelqu’un. Donnez des alternatives aux femmes pour la sortie de la prostitution et la majorité d’entre elles ne voudront plus être dans l’industrie du sexe. Le gouvernement, en ne mettant pas suffisamment de fonds pour aider les femmes, les maintiennent également dans la prostitution. 

Quand la FFQ dit vouloir différencier entre industrie du sexe, les échanges consensuels, les situations d’exploitation et la traite humaine, elle choisit de nier le vécu de milliers de femmes qui ne considèrent pas que leur consentement leur a été demandé. L’industrie exige d’elles qu’elles fassent leur « job » point barre. Dans les faits, très peu de femmes font un réel choix de se prostituer…s’il y en a…

 Les membres de la FFQ, en voulant sauver la chèvre et le chou, ont choisi de défendre l’industrie du sexe soit les pimp, les clients, le crime organisé, qui font des milliards sur l’exploitation des corps des femmes et des enfants, qui elles, plus souvent qu’autrement, s’endettent de jour en jour. 

Et moi, je ne vois pas comment je pourrais demeurer membre d’une organisation qui loin de me défendre, me dit en pleine face, « tu t’es mis les deux pieds dedans? Assume! »

Marie Drouin
survivante de la prostitution