Justin Trudeau s’est levé, lundi matin, avec une épine de moins dans le pied. La société Teck Resources venait d’annoncer qu’elle mettait fin à son projet de mine de sables bitumineux dans le nord de l’Alberta.

Teck Frontier: un problème de réglé

ÉDITORIAL / Justin Trudeau s’est levé, lundi matin, avec une épine de moins dans le pied. La société Teck Resources venait d’annoncer qu’elle mettait fin à son projet de mine de sables bitumineux dans le nord de l’Alberta. Ce projet, sur lequel Teck Resources planchait depuis près de 10 ans, a simplement été abandonné.

Le président de Teck, Don Lindsay, a fait référence « à la cadence de changement des marchés financiers globaux » et aux pays qui ont « un cadre en place qui réconcilie le développement des ressources et les changements climatiques ». Les blocus des chemins de fer, à plusieurs endroits au pays, n’ont pas aidé non plus. Teck Resources s’est dit « le plus important utilisateur de chemins de fer au Canada ». L’entreprise achemine beaucoup de charbon par voie ferroviaire.

Mais M. Lindsay passe totalement sous silence le prix du baril de pétrole, qui languit autour de 50 $ US, alors que le projet baptisé Teck Frontier misait plutôt sur un prix de l’ordre de 75 ou 80 $ US. Nous en sommes loin.

Il faut dire que l’investissement dans le nord de l’Alberta aurait duré 50 ans au minimum, ce qui donnait amplement de temps au prix du baril de s’ajuster à la hausse. Disons que cela augurait pas trop bien pour les prochaines années, surtout que les pressions financières sur Teck Resources auraient été énormes : l’investissement avoisinait les 20 milliards $, ce qui aurait totalement vidé l’entreprise de ses moyens financiers. C’est pourquoi Teck recherchait un ou des partenaires pour diluer l’effort financier sur plus d’une paire d’épaules. Dans le contexte actuel, Teck n’en trouvait pas : c’est l’aveu de M. Lindsay lorsqu’il parle de « la cadence de changement des marchés financiers globaux ».

Quand un investisseur de la taille de Laurence Fink, de la société d’investissement BlackRock — la plus importante au monde avec près de 7 milliards $ US en gestion — annonce que les placements futurs se feront avec les énergies renouvelables en tête, il y a de quoi faire réfléchir. M. Lindsay, du moins, a compris le message.

Un autre élément clef de la décision de Teck Resources, c’est le glissement vers le pétrole de schiste, où l’on « fractionne » la pierre gorgée de pétrole dans les mines actuelles. Cela a ouvert un tout nouveau créneau de production dans lequel les États-Unis se sont engouffrés. Ils en sont à environ 60 %. Cela contribue fortement à maintenir les prix du baril de pétrole à des taux qui rendent la mine Teck Frontier non rentable dans l’avenir probable.

Enfin, il y a toute la question des changements climatiques. Les pressions sont très fortes pour explorer à terme d’autres sources d’énergie, enlevant progressivement au pétrole son attrait inéluctable. Le nombre de véhicules à l’électricité s’avère encore minime, mais l’augmentation de sa popularité et de ses propriétés physiques les rend très séduisantes d’ici 10 ou 15 ans.

Teck Resources étudiait une perspective basée sur 50 ans, à un taux d’extraction de 260 000 barils par jour. Qui aurait consommé tout ce pétrole dans 30, 40 ou 50 ans ? Voilà le dilemme auquel était confronté Teck.

Ils en sont venus à la seule conclusion possible.

Ce qui a fait grandement plaisir à Justin Trudeau (et profondément irrité Jason Kenney, le premier ministre de l’Alberta, qui y voit une autre pomme de discorde avec Ottawa) en lui enlevant l’épine dans le pied d’avoir à choisir entre accepter ou refuser le projet de Teck Frontier. Le premier ministre du Canada a assez de problèmes sur les bras sans avoir Teck Frontier en plus.