Carlos Leitao

Surréaliste

ÉDITORIAL / Pour lutter contre les paradis fiscaux, le Québec va se comporter en véritable pays en lieu et place du Canada. Tout simplement surréaliste! C’est pourtant bien le cas. Le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitao se dit même prêt à payer le gouvernement fédéral pour aider son Agence des services frontaliers à percevoir les taxes sur les biens achetés par le biais du commerce électronique. En matière de confusion des genres, nous assistons aujourd’hui bien impuissants à un summum d’aberration.

À la suite des recommandations de la Commission parlementaire qui s’était penchée récemment sur les paradis fiscaux, le ministre Leitao a choisi de créer une unité spéciale pour traquer les fraudeurs. Celle-ci, une forme d’Unité permanente anticorruption (UPAC), regroupera 80 personnes déjà à l’emploi de Revenu Québec. Elle aura pour mission de mettre fin aux différentes pratiques d’évitement fiscal et de récupérer ainsi les 700 M$ qui échapperaient chaque année au fisc selon une évaluation très conservatrice. Bonne chance!

Pour arriver à ses fins, Carlos Leitao compte sur la bonne collaboration du fédéral afin de profiter des informations fiscales obtenues par Ottawa pour détecter les fraudeurs. Il se refuse par contre à se retirer des conventions fiscales signées par le fédéral avec des pays complaisants qui ferment volontairement les yeux en ne percevant aucune taxe. À son avis, le Québec y perdrait au change, risquant de voir s’envoler plusieurs milliards de dollars et des milliers d’emplois.

L’opposition officielle crie évidemment au meurtre, ne voyant dans la stratégie libérale qu’un ramassis de bonnes intentions. La députée péquiste Agnès Maltais a déchiré sa chemise à l’idée que le Québec puisse payer le fédéral pour l’aider à assumer ses responsabilités. Elle s’est également scandalisée du fait que le Québec percevra la taxe de vente du Québec (TVQ) et la taxe sur les produits et services (TPS) que le fédéral a abandonnée à Netflix.

Parmi les scènes irréelles, les explications de la ministre du Patrimoine canadien arrivent aussi en bonne place. Pour justifier ce passe-droit à Netflix, Mélanie Joly a invoqué qu’elle ne voulait pas imposer une « nouvelle » taxe aux Canadiens. Allô! Les Canadiens paient la TPS depuis 1991.

Encore plus fantasmagorique, la récente conférence de presse de Québec solidaire, une formation politique très à gauche, en compagnie du propriétaire de la maison Simons. Avec raison, Peter Simons réclame que les compagnies actives dans le commerce électronique soient soumises aux mêmes taxes imposées aux entreprises ayant pignon sur rue au Canada. Ses magasins, affirme-t-il, peuvent rivaliser avec n’importe quel concurrent, du moment que les règles sont identiques pour tous.

La publication des Paradise Papers, ces révélations du journalisme d’enquête, donne aussi des munitions supplémentaires aux agents du Revenu. Radio-Canada a révélé ainsi que le responsable du financement du Parti libéral du Canada, Stephen Bronfman, figure parmi les 3000 Canadiens ayant eu recours aux paradis fiscaux. Vite niées, ces allégations demeurent troublantes. La ministre du Revenu national s’est d’ailleurs attiré les moqueries la semaine dernière dans ses répliques. Diane Lebouthillier a répété à satiété que « la lutte contre l’évasion fiscale et l’évitement fiscal abusif a été une priorité et l’est toujours » pour son administration.

Le contribuable moyen, qui n’a aucun moyen d’échapper au fisc, a malheureusement la douloureuse impression qu’il y a deux régimes fiscaux au pays. Le laxisme des gouvernements, en particulier celui d’Ottawa, à percevoir les taxes et les impôts, du moins auprès des plus riches, envoie un bien mauvais message.