Une infirmière de l’Estrie a témoigné sur Facebook de son écœurement face à la réforme Barrette. Ce message rejoint beaucoup de monde dans le réseau de la santé et des services sociaux, et ce, dans toutes les catégories d’emploi.

Surcharge du personnel en santé : l’élastique est sur le bord de péter

Émilie Ricard, une infirmière de l’Estrie, a témoigné sur Facebook de son écœurement face à la réforme Barrette. Ce message rejoint beaucoup de monde dans le réseau de la santé et des services sociaux, et ce, dans toutes les catégories d’emploi. Malheureusement, nous ne sommes pas surpris d’entendre pareil cri de cœur. Nous ne sommes pas plus surpris de voir la réponse de Gaétan Barrette. Il reste fidèle à lui-même. Ce n’est pas de sa faute, ce n’est pas sa responsabilité. Ce sont les syndicats qui sont trop négatifs.

Ce qui était un peu plus surprenant par contre, c’est la réaction du premier ministre Couillard. Cela avait de quoi surprendre d’entendre le docteur Couillard dire qu’il attend des solutions de la part des syndicats pour résoudre les problèmes vécus au quotidien par le personnel du réseau. Tout d’un coup, il dit vouloir entendre des solutions des syndicats. Voilà pourtant des années que son gouvernement fait la sourde oreille aux préoccupations du personnel, en négociation comme en général. J’aimerais bien le croire. Cependant, c’est contradictoire avec la réalité.

Le 17 octobre, nous avons écrit au ministre Barrette pour demander une rencontre. Nous avons clairement indiqué notre désir d’échanger avec lui sur cinq points : le taux d’assurance-salaire, les fusions de services interétablissements ou interrégionaux, le regroupement des administrations du CHUM et de Sainte-Justine, les difficultés d’attraction et de rétention, d’accès aux postes et les impacts sur la charge de travail et l’orientation ministérielle sur la planification de la main-d’œuvre en soins infirmiers. Quatre de ces cinq points visaient des solutions aux problèmes réels vécus sur le terrain.

Nous avons relancé le ministre à deux reprises. Nous n’avons aucune indication du ministre. Si le premier ministre dit vrai, il faudrait qu’il demande au ministre Barrette de donner suite à notre demande pour explorer des solutions.

Soyons clairs. Il n’y a pas de solutions magiques et immédiates qui peuvent être faites sans investissement. Mais il y a des solutions concrètes qui peuvent donner des résultats à moyen terme et qui peuvent donner un espoir que les choses vont changer. Si le personnel sait qu’il y a des solutions concrètes qui s’en viennent, il va faire le nécessaire pour tenir le fort encore un peu. La résilience de nos membres dans les quatre catégories du réseau a sauvé les meubles jusqu’à maintenant. Mais l’élastique est bien près de péter. S’il n’y a pas de perspectives d’amélioration rapidement, les établissements pourront bien continuer d’afficher des postes. Tout porte à croire que l’exode du réseau continuera.

Contrairement à ce que prétend le ministre Barrette, le problème n’est pas le négativisme des syndicats. C’est bien plutôt son incapacité à entendre d’autres voix que la sienne. Plutôt que de tenter de diviser les forces vives du réseau, le gouvernement doit les rassembler pour trouver des solutions. Nous refusons de jouer le jeu de la division : les infirmières contre les techniciens, les préposées contre les employées de soutien, les professionnelles contre les employées de bureau. Ça prend des solutions pour tout le monde. Étant la seule organisation syndicale représentant toutes les catégories d’emploi du réseau de la santé, nous répondons « présents ».

La balle est toujours dans votre camp monsieur le premier ministre?!

Jeff Begley
Président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN)

Ça ne peut plus continuer ainsi!

S’il restait un tant soit peu de crédibilité au ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, il l’a perdue avec ses déclarations absurdes des dernières heures.

Confronté à un système public de santé qui est littéralement en train d’imploser un peu partout au Québec, faute de financement adéquat et de ressources humaines en nombre suffisant, le ministre ne trouve rien de mieux que de blâmer les infirmières. En effet, sa seule défense devant leur épuisement général est de mettre la faute sur leurs épaules.

Quel culot! C’est honteux et cela démontre un énorme manque de respect envers les infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes de l’ensemble du Québec.

Un ministre complètement dépassé

Le plus révoltant dans cette histoire vient du fait qu’il a créé lui-même les conditions inacceptables dans lesquelles on se retrouve aujourd’hui. Il en est l’instigateur à travers les nombreuses coupes et compressions que son gouvernement a imposées au cours des dernières années et, aussi, par sa réforme destructrice qui est venue tout chambarder.

Faut-il se surprendre aujourd’hui que les postes affichés ne soient pas pourvus?

Faut-il s’en surprendre alors qu’en 2018, une infirmière au Québec entre au travail sans jamais savoir quand elle en ressortira en raison des heures supplémentaires obligatoires?

Faut-il s’en surprendre alors que de plus en plus d’infirmières lancent des SOS pour exprimer leur désarroi et leur impuissance devant la charge de travail inhumaine qui est exigée?

Faut-il se surprendre quand trop d’infirmières retournent à la maison avec un sentiment de culpabilité faute d’avoir pu donner suffisamment de temps et de soins aux patients qui leur sont confiés?

Une désorganisation nourrie par la réforme

Il n’y a que Gaétan Barrette pour s’en surprendre. Le docteur semble vivre dans un monde imaginaire, complètement déconnecté de la réalité. En effet, il est incapable d’admettre que les effets de sa réforme sont à des années-lumière de ce qu’il promettait le 25 septembre 2014 lors de sa présentation : « Nous voulons briser les silos, qui sont souvent des obstacles dans le parcours de soins des patients, pour nous donner un réseau de santé et de services sociaux plus fonctionnel. »

Au contraire, nous assistons aujourd’hui à une désorganisation globale de notre réseau public de santé et de services sociaux. Fait inhabituel : Gaétan Barrette est désavoué unanimement par l’ensemble du réseau. De fait, ses politiques sont dénoncées autant par les travailleuses et travailleurs sur le terrain que par les gestionnaires et même par les retraitées et retraités. Il n’y a plus que le docteur Barrette pour croire que les choses progressent dans le bon sens.

Des solutions ignorées

Malgré son aveuglement, il a été obligé de reconnaître dans les dernières heures, dans une entrevue accordée à Radio-Canada, que le climat dans les établissements est « négatif actuellement ». Et comme il est incapable de reprendre la situation en main, comme cela a d’ailleurs été le cas pour les négociations avec les médecins spécialistes qui lui ont été retirées, Philippe Couillard se voit obligé d’intervenir à nouveau. Il demande maintenant aux syndicats des solutions pour régler la crise qui perdure.

Cela fait quatre ans que nous en proposons, mais malheureusement le ministre et son gouvernement s’entêtent à poursuivre une réforme miracle qui devait régler tous les problèmes alors qu’elle empire la situation.

Des conditions incontournables

Fondamentalement, Philippe Couillard et son ministre de la Santé et des Services sociaux devront reconnaître qu’ils sont allés beaucoup trop loin, qu’ils ont asphyxié financièrement le réseau et qu’ils ont contaminé gravement les conditions de travail des travailleuses et travailleurs de la santé.

Il faut mettre fin au sous-financement du réseau, stopper la réforme en cours et redonner des conditions de travail valorisantes au personnel. Le ministre Gaétan Barrette a fait suffisamment de dommages. Redonnons-nous un système public de santé digne de ce nom!

Louise Chabot
Présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ)