Sur les rails?

Nous sommes encore loin de la coupe aux lèvres, mais le projet de 300 millions $ en vue de la mise à niveau des voies ferrées entre Sherbrooke et Montréal, pour le transport de personnes et de marchandises, est de bon augure pour la future liaison ferroviaire pour passagers que met de l’avant depuis 2017 l’homme d’affaires et président de la Fondation Train de nuit, François Rebello.

Son projet de 100 millions $ se heurte depuis le début à un obstacle majeur : le mauvais état des rails de la compagnie Central Maine & Québec Railway (CMQR), ce qui empêche les convois de rouler à plus de 40 km/h.

La mise à niveau des infrastructures permettrait aux trains d’atteindre la vitesse de 100 km/h entre Sherbrooke et Bromont et jusqu’à 130 km/h de Bromont à Brossard.

Selon un rapport de la firme Bluejay Advisors rendu public il y a peu par la Ville de Sherbrooke, il faudrait 300 millions $ pour moderniser le chemin de fer, mettre en place un système de sécurité (feux et passages à niveau protégés), une gare multimodale pour Sherbrooke et Magog, le déplacement de la gare de Farnham et un centre de transbordement à Brigham.

La participation des municipalités est estimée à 21,5 millions $ pour le moment.

Bluejay Advisors indique qu’un réseau ferroviaire remis à neuf permettrait de retirer annuellement 350 000 voitures et 30 000 camions de marchandises sur l’autoroute 10, donc de réduire les émissions de Gaz à effet de serre (GES). 

Sur le plan politique, les choses commencent à bouger : la Ville de Sherbrooke a donné son appui au dépôt de ce projet au Fonds national des corridors commerciaux de Transports Canada, un programme de 2 milliards $ sur 11 ans destiné à soutenir les investissements dans le transport des personnes et des marchandises, mais sans s’engager financièrement.

On peut comprendre ses réticences devant un investissement d’une telle ampleur d’autant plus que, pour l’heure, il n’y a pas de plan d’affaires, on ne connaît pas la part que le secteur privé est prêt à investir ni le niveau d’implication de Québec et d’Ottawa.

Mercredi dernier, l’Alliance du corridor ferroviaire Estrie-Montérégie, formée notamment des municipalités de Bromont, Farnham, Cowansville, Sutton, Magog et Sherbrooke, a aussi dit son intention d’aller de l’avant.

De plus, la députée de Compton-Stanstead et ministre de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau, entend défendre le dossier.

L’homme d’affaires François Rebello se consacre pour sa part à convaincre les investisseurs privés de participer au projet, notamment les promoteurs immobiliers, affirmant que la présence d’une gare de train favorise le développement immobilier et augmente la valeur des propriétés.

Dans son rapport, Bluejay Advisors mentionne par exemple que la construction d’une nouvelle gare de triage dans le parc industriel de Magog permettrait de libérer les terrains du CP sur la rive sud du lac des Nations, à Sherbrooke, pour y permettre un développement immobilier.  

Outre l’impact économique espéré d’une liaison ferroviaire Sherbrooke-Montréal (le rapport évoque la création de 400 emplois et des retombées de 57 millions $ par année), il faut aussi considérer ce projet d’un point de vue environnemental.

Alors que le Québec ratera son objectif de réduction de ses émissions de GES de 20 % d’ici 2020, par rapport au niveau de 1990, et peut-être bien celui de -37,5 % d’ici 2030, au train où vont les choses, il est urgent de réduire l’utilisation de l’automobile et du camion.

Ce projet devra impliquer de nombreux joueurs, ce qui est loin d’être fait.

À l’approche des élections fédérales, il est impératif que tous les partis fédéraux annoncent clairement leurs intentions, comme le fait le Nouveau parti démocratique, et de nouveaux investissements en transport durable.