Sur la qualité du français en éducation

ANALYSE / La question de la qualité du français de futur.e.s enseignant.e.s en enseignement est revenue sur la place publique cette semaine, un sujet dont il est presque devenu une tradition de traiter annuellement. On y apprenait essentiellement qu'environ la moitié du corps estudiantin qui devait faire le TECFÉE (Test de certification en français écrit pour l'enseignement) ne le réussissait pas du premier coup. Ce qui a fait dire à plusieurs que la qualité du français écrit des enseignant.e.s de demain était déficiente. Si la pertinence du sujet traité n'est pas à débattre, l'analyse de la situation laisse quelque peu songeur.
Au cours des dernières décennies, on a constaté une baisse de la qualité du français chez les jeunes générations, et ce, à travers le monde. Le Québec ne semble malheureusement pas y échapper. Plusieurs hypothèses sont avancées, certaines plus plausibles que d'autres, mais il n'en demeure pas moins qu'il s'agit d'une situation complexe à laquelle il n'existe pas de solution magique.
Et ce n'est pas vrai que de simplement retourner aux méthodes «traditionnelles» règlerait tout.
D'ailleurs, il est faux de croire que certaines générations étaient définitivement meilleures que d'autres. Le Québec a formé au cours des 30 dernières années plus d'élèves que jamais auparavant, avec des programmes et une utilisation de la langue de plus en plus poussés. Malgré tout, il y a lieu de se questionner sur comment optimiser la situation et comment le faire le plus tôt possible, dès la petite enfance. Une approche qu'il faut certainement considérer est la nécessité de faire lire les jeunes, peu importe ce que c'est (BD, romans, magazines, etc.), pour autant que ce soit fait souvent et avec plaisir.
À cette réalité s'est ajouté le fait que de plus en plus de jeunes ont pu avoir accès à l'université et ont décidé de tenter l'expérience. Les facultés d'éducation ont ainsi dû faire avec un nombre accru d'individus qui avaient, pour une raison ou un autre, une maîtrise aléatoire du français. Or, le fait est que ce n'est pas le rôle des universités que d'enseigner la grammaire et la syntaxe à ses universitaires. Ça explique que dans les premières mesures mises en place, on y a été avec parcimonie et davantage sur une base de sanction avec des tests, depuis longtemps décriés comme non représentatifs d'un usage « normal » de la langue. Aujourd'hui, il faut reconnaître et affirmer haut et fort que cette approche ne suffit plus, qu'il convient aux programmes en éducation et au gouvernement d'attaquer de front cette problématique. Plusieurs institutions ont déjà mis en place des initiatives en ce sens, mais il faut aller plus loin, il en va de crédibilité de la profession et de sa formation.
Tout cela étant dit, précisons certaines choses en conclusion. Tout d'abord, un.e enseignant.e n'est pas « mauvais.e » si des coquilles se glissent dans son discours écrit. Depuis quand juge-t-on principalement de la qualité du personnel enseignant en fonction de son écriture? Ensuite, cessons de se cacher derrière des demi-mesures (souvent politiques) pour améliorer la situation, comme limiter le nombre de passations du TECFÉE à quatre; ça ne changera rien ni au problème de fond ni au résultat final. Aussi, il serait plus que convenable que nos dirigeant.e.s politiques et institutionnel.le.s défendent la profession enseignante et ses futur.e.s membres; à dénigrer ou à ne rien dire, on se tire collectivement dans le pied. Finalement, soyez assuré.e.s que tous les étudiant.e.s en enseignement savent l'importance du bien écrire, que leur crédibilité professionnelle est en jeu à tout moment quand ils ou elles écrivent et que, ayant fait le TECFÉE en début de formation, des efforts seront mis en oeuvre pour s'améliorer durant la poursuite de leur baccalauréat. Mais, s'il vous plait, arrêtons de les rabaisser année après année, et reconnaissons qu'ils et elles sont surtout un reflet de notre société. Portons en ces personnes nos espoirs, plutôt que nos récriminations.
Vincent Beaucher est enseignant en éducation à l'Université de Sherbrooke et à Bishop's