Joe Biden

Super Mardi: le retour de Biden?

ÉDITORIAL / L’ancien vice-président des États-Unis, Joe Biden, verra-t-il des «voies ensoleillées» s’ouvrir devant lui en ce «Super Mardi», journée clé sur le calendrier des primaires démocrates? Chose certaine, les choses semblent s’améliorer pour lui après sa victoire sans équivoque samedi soir lors des primaires de la Caroline du Sud.

Le début de la course n’était pas particulièrement réjouissant pour Joe Biden: quatrième lors des caucus de l’Iowa, cinquième dans le New Hampshire, deuxième dans le Nevada. Pour un ancien vice-président que bien des sondages donnaient favori avant le début des primaires démocrates, ce n’était pas très convaincant.

Mais les derniers jours ont été profitables pour lui. Sa victoire en Caroline du Sud est éclatante. Avec 48 % des voix et faisant le plein de 39 délégués, Biden démontre clairement qu’il peut être un candidat qui ferait la différence auprès de l’électorat noir et dans des États du sud, qui pourtant échappent aux démocrates.

Mais c’est à l’intérieur même de la course que les horizons semblent meilleurs pour l’ancien vice-président. Les aspirants Tom Steyer, Amy Klobuchar et Pete Buttigieg se sont tous trois retirés de la course ces derniers jours, laissant les coudées plus franches à un candidat que l’on dit modéré ou centriste, comme Joe Biden. La sénatrice du Minnesota a d’ailleurs donné son appui à Joe Biden, allant même jusqu’à s’afficher à ses côtés lors d’un rassemblement lundi soir à Dallas.

Pete Buttigieg, qui ratissait dans le même terreau centriste, a lui aussi choisi de se rallier à Joe Biden. L’ex-maire de South Bend, en Indiana, avait connu un début de course tout à fait respectable, remportant le plus grand nombre de délégués en Iowa et terminant bon deuxième dans le New Hampshire. Mais dans le Nevada et en Caroline du Sud, ça s’est gâté. Et les sondages ne laissaient rien entrevoir de bon pour lui en ce «Super Mardi».

Buttigieg s’est retiré de la course avant de peut-être subir de cuisantes défaites dans les États où se tiennent des primaires en ce Super Tuesday. Mieux vaut laisser une bonne impression, a-t-il probablement pensé.

Mais sa victoire, Pete Buttigieg l’a déjà obtenue. En devenant un des plus sérieux aspirants à l’investiture démocrate – et en devenant en quelque sorte un des plus sérieux aspirants à la présidence –, l’homme de 38 ans a fait la démonstration qu’il est maintenant possible pour une personne ouvertement homosexuelle d’aspirer aux plus importantes fonctions politiques aux États-Unis.

C’est un gain énorme pour lui et pour la société états-unienne. Il faut s’attendre à le voir rebondir quelque part; peut-être de nouveau comme candidat à la présidentielle dans quatre ou huit ans, peut-être comme président du Parti démocrate, peut-être comme sénateur ou comme gouverneur de l’Indiana. Les voies lui sont grand ouvertes, lui qui était inconnu du public il y a un an à peine.

Son abandon, tout comme celui d’Amy Klobuchar, pourrait profiter à Joe Biden pour rattraper Bernie Sanders, établi comme favori depuis quelques semaines déjà. Le Super Mardi devrait lui permettre de remporter de gros États comme la Californie, le Texas, la Virginie et même le Massachusetts, pourtant l’État de sa rivale Elizabeth Warren, elle aussi à gauche du spectre démocrate.

Mais attention. Il faudra surveiller l’entrée en scène du milliardaire Michael Bloomberg. Cet ancien républicain a dépensé des centaines de millions de dollars en publicité et s’est même payé le luxe de n’entrer en scène qu’en ce Super Mardi. Les sondages divergent, mais il viendra certainement brouiller les cartes.

Fait intéressant: si une lutte à trois se dessine entre Joe Biden, Bernie Sanders et Mike Bloomberg, on pourra certainement dire – non sans euphémisme – qu’il s’agira d’une course d’«expérience». À 77 ans, Joe Biden est le plus jeune des trois. Les deux autres ont 78 ans.

Tout ça pour affronter un certain Donald Trump, qui aura 74 ans lors de la présidentielle de novembre.